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En Guyane, Chirac prône "écoute" et "respect" pour l’outre-mer

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En Guyane, Chirac prône "écoute" et "respect" pour l'outre-mer

samedi 6 avril 2002, 8h02 - Par Sophie Louet - CAYENNE (Reuters) - En tournée électorale outre-mer, Jacques Chirac a promis "écoute" et "respect" pour les Dom-Tom, accusant le gouvernement de leur avoir imposé pour seul horizon une logique d’assistanat et le "schéma simpliste et uniforme" de la loi d’orientation de décembre 2000.

Le président-candidat, qui a fait une première halte vendredi en Guyane, a présenté lors d’un meeting à Matoury, au sud de Cayenne, son programme pour l’outre-mer, proposant une loi de programme sur 15 ans pour garantir aux Dom-Tom l’égalité économique avec la métropole et insistant à nouveau sur la lutte contre l’insécurité.

"L’Etat doit être responsable. Il doit placer sa relation avec les collectivités d’outre-mer sous le signe de l’écoute et du respect. Un respect qui a trop souvent été perdu de vue", a dit Jacques Chirac devant un millier de personnes.

Des indiens "emerillos" de Camopi, dans le sud du département, des Amérindiens de Kourou, des "doudous" créoles en costume traditionnel, des "noirs marrons", descendants des premiers esclaves rebelles, venus des communes bordant le fleuve Maroni avaient fait le déplacement pour fêter "Chirac, l’homme de l’outre-mer".

Les accords de "Tout la musique que j’aime" de Johnny Halliday, déjà entendus à Bordeaux, n’ont pu résister à la déferlante tonitruante des tambours, grosses caisses et trompettes des "noirs marrons".

Une semaine après le déplacement de Lionel Jospin en Martinique et en Guadeloupe, les militants chiraquiens, au premier rang desquels le député-maire RPR de St-Laurent-du-Maroni, Léon Bertrand, ont raillé le "grand absent", Lionel Jospin, qui ne s’est pas rendu en Guyane depuis 1997.

Ce territoire grand comme le Portugal, coincé entre le Surinam et le Brésil, a voté à 57,43% pour Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 1995 alors qu’il était jusqu’alors traditionnellement ancré à gauche.

Léon Bertrand a dénoncé "le comportement archaïque et méprisant du clan Jospin" vis-à-vis de l’outre-mer, son "manque de respect".

Jacques Chirac - qui, comme à son habitude, n’a jamais cité le nom du Premier ministre - n’a pas ménagé ses attaques lui non plus, dénonçant "une politique gouvernementale qui ne fixe plus le cap, qui perd de vue les fondements mêmes de la République".

En ligne de mire, la loi d’orientation pour l’outre-mer, qui vise à effacer le déséquilibre entre la métropole et l’outre-mer et à conférer aux quatre Dom la possibilité de choisir un statut conforme à leurs spécificités. Elle crée un congrès réunissant élus départementaux et régionaux en Martinique, Guadeloupe et Guyane pour débattre de l’avenir institutionnel des territoires.

"On a voulu, avec la loi d’orientation plaquer sur les trois départements d’Amérique un schéma à la fois simpliste et uniforme", a estimé le chef de l’Etat. "Il y a dans cette improvisation la marque d’une grande confusion et d’un manquer de respect et d’intérêt pour l’outre-mer".

REUSSIR L’EGALITE ECONOMIQUE

Reprenant ses engagements de Madiana (mars 2000, Martinique) et de Champfleuri (La Réunion, mai 2001), Jacques Chirac s’est dit favorable à une réforme du statut des collectivités d’outre-mer dans le cadre d’une révision de la Constitution, en posant quatre conditions : respecter l’unité de la République, se conformer au pacte républicain, consulter préalablement les populations, et maintenir l’appartenance à l’Europe.

Evoquant les difficultés d’un département où le taux de chômage dépasse les 30% et où les allocataires du RMI représentent 13% de la population, Jacques Chirac s’est élevé contre la politique d’assistanat appliquée selon lui par Lionel Jospin.

"Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une situation où l’on se contente de gérer la pauvreté", a-t-il lancé, avant de tracer ses orientations en matière de politique économique et sociale.

"Après l’égalité politique, nous devons réussir l’égalité économique, c’est-à-dire offrir aux départements d’outre-mer des perspectives de croissance et d’emploi identiques à celles de la métropole", a-t-il indiqué.

Il a proposé une série de mesures s’articulant autour d’une loi de programme de 15 ans, "fixant des objectifs chiffrés" : réforme du dispositif de défiscalisation au bénéfice de toutes les PME, abaissement du coût des transports, continuité territoriale, incitations financières à l’embauche de RMIstes...

A 15.000 km de Paris, Jacques Chirac a enfourché de nouveau son cheval de bataille, l’insécurité, thème qui trouve en Guyane un écho particulier.

Confronté à une forte immigration légale et clandestine (Surinam, Guyana...), attirée par la manne des allocations familiales et du RMI, le département a en effet enregistré en 2001 une hausse globale de 10% de la délinquance, liée notamment à l’apparition de gangs violents contrôlant le trafic de drogues.

"Il s’agit de refuser qu’il y ait deux France : celles de la réussite, de l’intégration, du confort matériel, et celle de l’échec, de l’exclusion, de l’insécurité ordinaire", a souligné Jacques Chirac.

Le président-candidat a quitté Cayenne vendredi soir pour la Martinique, où il tiendra ce samedi un meeting à Schoelcher. Sa dernière halte sera la Guadeloupe, avant un retour à Paris prévu samedi soir.

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Publié par Sebastien

Délégué national de l’UNI
en charge de la communication web et des NTIC