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Parité

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Parité

L’Egalité est la toute-puissante déesse inspiratrice et ordonnatrice de la pensée et des mœurs modernes. Son autorité universelle ne saurait être mise en cause. La parité est l’une des modalités de l’Egalité. C’est l’égalité appliquée à ce qui est quantifiable ou mesurable. Elle fait partie de ces mots abstraits qui, à notre époque, sont souvent brandis comme des principes. La déesse Egalité lui confère une partie de sa nature divine, si bien qu’elle est considérée sans discussion comme un objectif légitime, l’interrogation portant seulement sur les moyens de l’atteindre (incitations pressantes ou quotas imposés par la loi).

Pourtant, dans la pratique, cette notion d’une simplicité arithmétique ne va pas sans tribulations. D’abord à propos de son champ d’application. On fait actuellement une fixation obsessionnelle : la parité par excellence, c’est l’égalité numérique entre les hommes et les femmes dans les assemblées politiques, principalement l’Assemblée Nationale et le Sénat. Pourtant, sans vouloir minimiser le rôle des parlementaires, quand on songe qu’une partie importante de leur activité consiste à voter pour ou contre les projets gouvernementaux conformément à la position de leur groupe, on se demande si une plus grande proportion de femmes changerait grand-chose à la législation française.

En revanche, on passe allégrement sur un phénomène massif d’une autre importance : la proportion écrasante de femmes dans l’enseignement, et maintenant dans la magistrature. Que les femmes disposent majoritairement du pouvoir de punir ou d’absoudre en infléchissant la jurisprudence, et surtout qu’elles soient en mesure de modeler la sensibilité et les conceptions profondes des jeunes Français pendant toute la période de leur formation, de trois à vingt ans et plus, voilà qui explique le dépérissement des valeurs masculines traditionnelles dans notre société au profit des valeurs compassionnelles et protectrices.

Devant le silence et la paralysie sur cette question des théoriciens inconditionnels de la parité hommes/femmes, suggérons-leur une première mesure pratique. Puisque les femmes sont démesurément excédentaires dans l’enseignement et dramatiquement absentes de l’honorable corporation des déménageurs, pourquoi ne pas organiser systématiquement des transferts croisés de populations d’une profession à l’autre ? On ne doute pas que les championnes gaucho-féministes ne se portassent volontaires pour déménager tout à leur aise en se rendant utiles.

Reste la disparité la plus essentielle et la plus scandaleuse : la disparité devant la mort. Elle est flagrante, puisque les femmes bénéficient de six ou sept années de vie de plus que les hommes. Comment faire appliquer la sacro-sainte et nécessaire égalité ? Puisqu’on ne parvient pas à augmenter la durée de vie des hommes, a-t-on d’autre solution rationnelle, si l’on fait de l’égalité un absolu, que de diminuer celle des femmes ? En somme, ce serait une application ultime du principe du nivellement par le bas si abondamment pratiqué depuis longtemps dans la pédagogie de l’éducation nationale. Mais n’arrivons-nous pas au bord d’abîmes intellectuels et moraux qui donnent le vertige ?

Pour y échapper, irons-nous jusqu’à suggérer que, si la nature a horreur du vide, elle a au moins autant horreur de l’égalité systématique et universelle ? En application du principe de précaution, évitons pour l’instant de creuser plus avant cette question sacrilège.

Retrouvez d’autres définitions dans le dictionnaire de l’UNI, rédigé par le Pr. Jacques Rougeot.

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Publié par Jacques Rougeot

Jacques Rougeot est président du comité d’honneur de l’UNI.

Jacques Rougeot est professeur de langue française à l’université de Paris IV-Sorbonne. Il est l’auteur de Guilleragues Epistolier (thèse de doctorat d’Etat, 1978) et, avec Frédéric Deloffre, de l’édition des Lettres portugaises et autres œuvres de Guilleragues (1ère éd. Librairie Garnier 1962, 2e éd. Droz) et de l’édition de la Correspondance de Guilleragues (Droz ; 1976), de la Contre-offensive (Albatros ; 1974), de Socialisme à responsabilité limitée (France-Empire ; 1981.)

Ses derniers livres sont :

- "Ah ! Laissez-nous respirer ! Contre la censure des bien-pensants"
- "UNI, 40 ans de combats, 40 affiches