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Indignés

mercredi 5 octobre 2011, par Jacques Rougeot

Tout est parti, on le sait, d’une brochure de quelques pages intitulée Indignez-vous !, parue à la fin de 2010 et souvent réimprimée depuis lors. Son succès (plus d’un million d’exemplaires vendus) en fait un événement non seulement éditorial mais politique, même, et surtout, au-delà de nos frontières, puisque son titre a inspiré des foules importantes, par exemple en Grèce et principalement en Espagne, avec les manifestationas des indignados.

Pourtant, quand on se donne la peine (c’est le cas de le dire) de lire les quelques douze pages qui constituent la substantifique moelle de l’ouvrage, on est frappé par le contraste entre ce succès phénoménal et la médiocrité, pour ne pas dire l’indigence, du contenu, que ce soit pour le fond (on y reviendra) ou pour la forme. Réussissant à être hétéroclite et dépourvu de toute organisation malgré sa minceur, ce texte bâclé fournit un bon modèle de style pompier, assez bien illustré par les derniers mots, détachés entre guillemets et en lettre capitales : « Créer c’est résister. Résister c’est créer. »

On est d’abord tenté de chercher les raisons d’un succès aussi stupéfiant dans la faveur médiatique dont cette brochure a bénéficié. Son auteur, Stéphane Hessel sait à merveille jouer les vieux sages de la République qui, au soir de sa vie (il parle avec insistance de son âge 93 ans) appelle les jeunes générations au combat pour les grands principes dont il est le dépositaire naturel. A la fois produit d’une civilisation raffinée dont on a la nostalgie (il adore réciter des centaines de vers devant des journalistes éblouis et conquis) et engagé dans les grandes causes de notre temps, il a tout pour être l’enfant chéri des médias.

Pourtant cette complaisance médiatique est loin de tout expliquer. La potion magique de ce texte, c’est sans doute son titre. Par la forme d’abord : cet impératif est un appel ou, comme on dit, il interpelle les destinataires potentiels, qui deviennent ainsi les héros de l’aventure, alors que l’auteur semble s’effacer. Quant au sens, il est bien en accord avec un certain état d’esprit de notre temps. Il ne s’adresse pas aux facultés intellectuelles, il ne vise pas à argumenter ou à convaincre, il joue uniquement sur les fibres de la morale et de la sensibilité. L’indignation, c’est une réaction spontanée, venue du fond de l’être, contre une situation qui parait injuste, moralement condamnable. A la réflexion, il est d’ailleurs paradoxal qu’un gourou soit amené à faire naître de l’extérieur une réaction qui devrait être spontanée et interne, ce qui montre bien le caractère convenu et frelaté de cette indignation de supermarché.

Un autre avantage de cet impératif péremptoire c’est qu’il ne comporte pas de complément, ce qui laisse ouvert tous les champs d’expansion. On n’est pas seulement indigné passagèrement, comme on est content ou triste. On est un indigné, ce qui constitue une sorte d’état social, en tant que membre permanent d’une vaste confrérie qui se situe du bon côté de la barrière, celui des bons, défenseurs du bien contre les entreprises des méchants, au service du mal.

Indignons-nous donc, mais contre quoi ? Apparemment il compte sur les jeunes pour donner la réponse : « Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation ». Mais, craignant sans doute que certains jeunes ne fassent les mauvais choix, cet homme prudent leur donne immédiatement la liste obligatoire et limitatives des thèmes de leur indignation : « le traitement fait aux immigrés aux sans-papier, aux Roms ». Quant à l’auteur lui-même il consacre un long développement à son « indignation à propos de la Palestine », et il identifie « deux grands nouveaux défis :

- 1- L’immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches […]

- 2- Les droits de l’homme et l’état de la planète ».

Ainsi, cet homme qui prétend s’être « toujours tenu du côté des dissidents » a en fait rédigé, sous une forme bric-à-brac, une sorte de bréviaire de la bien-pensance gauchisante amplement répandue. Ceux qui ont entendu son appel, les « indignés » de toutes nationalités ont bien retenu la leçon. Ce sont en fait des gauchistes à la mode d’aujourd’hui qui, au lieu d’arborer un couteau entre les dents, jugent plus efficace de brandir la bannière d’une indignation supposée vertueuse. Les virulentes manifestations organisées par les indignados espagnols pour s’opposer par la force aux Journées Mondiales de la Jeunesse réunies à l’appel du pape Benoît XVI ont révélé la véritable nature et les véritables desseins de tous ces champions de l’indignation à sens unique.

Quant aux naïfs qui se laisseraient encore duper par cette mascarade, ils reprendraient à leur manière le rôle que leur a par avance assigné Lénine, celui d’idiots utiles.

Messages

  • j’adore le rôle que leur a assigné Lénine......" les idiots utiles " on ne pouvait pas mieux dire pour définir l’inutilité des gauchistes indignés !!!!

    • J’ajouterai en toute honnêteté que je n’ai pas pu lire plus de 8 pages de ce fameux livret ! "Les idiots utiles" deviennent à la longue nuisibles, quand ils cumulent veulerie, opportunisme, bétise, indifférence, mauvaise fois et j’en passe. Je n’ai jamais compris le succès de ce nano livre. Car comment un ancien résistant peut-il dire à la société civile contemporaine, exténuée autant que désespérée, d’accepter sans broncher, l’invasion des Roms ou des immigrés de tous pays (souvent ennemis endémiques de l’occident) à qui, en plus, on donne tous les droits, contre les lois de notre République, bafouée en permanence ? République qu’ils s’approprient d’ailleurs, avec la bénédiction des "idiots utiles" ou des pouvoirs publics et politiques. Il suffit de vivre avec, ou de voir leurs lieux de vie, pour comprendre que la cohabitation est souvent inacceptable, voire impossible. Il suffit de se rendre dans les banlieues ou certains quartiers à forte majorité d’immigrés, gitans, ou de Roms, pour se rendre compte du désastre socio-économique, ainsi que des dangers du laxisme ambiant envers la criminalité. Je tremble déjà des conséquences à venir de la gauche au pouvoir.

      Je me définis non pas seulement comme une "indignée", mais surtout comme une "résistante" (née après la guerre). En effet, en période de paix, les citoyens, qui ne sont ni résignés, ni indifférents, doivent sans cesse lutter contre les abus, l’insécurité, la destruction de l’environnement et du patrimoine (pour le bénéfice des industries diverses et variées). C’est pourquoi, au lieu de "m’indigner" verbalement, je le fais savoir aux autorités par dossiers, courriers, plaintes, R.A.R., ou aux journalistes (quand ils veulent bien s’en occuper). Pas besoin des encouragements d’un pseudo "résistant" que je classerai plutôt dans la catégorie collaborateur du nouvel ordre au pouvoir. Ils sont de plus en plus nombreux, non ? Monsieur Jean Moulin doit se retourner dans sa tombe !

      Pardon d’avoir abusé de votre temps. Mais je me réjouis de découvrir que je n’étais pas la seule à ne pas succomber aux charmes des ’indignés".

  • Très bonne analyse.
    Quant aux idiots utiles pour reprendre l’expression de Lénine, on peut affirmer que c’est une espèce qui croît exceptionnellement aujourd’hui et ce, partout dans le monde. S’ajoutent aussi la veulerie et la lâcheté médiatico-politicienne (*), facteurs serviles de l’inexorable descente aux enfers.
    Pour ma modeste part, je suis indigné par la c....rie ! Je n’ajoute pas "humaine" car il y aurait redondance. La sottise n’existe pas chez l’animal.
    Cordialement,

    (*) Est-il nécessaire de préciser que le terme "politicien" courant chez un très grand nombre est péjoratif ? Puisque politicien = magouilleur ; employé ici à dessein dans le texte. Un exemple éloquent de la banalisation de la médiocrité tous azimuths.

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