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Mademoiselle

dimanche 9 octobre 2011, par Jacques Rougeot

Féminisme pas mort ! Certains (et certaines) commençaient à évoquer avec nostalgie l’époque, aujourd’hui révolue, où celles qui se baptisaient elles-mêmes les « salopes » organisaient des manifestations flamboyantes, jetant en l’air, en public, leurs soutien-gorge (ce qui, dans certains cas, apparaissait comme une judicieuse mesure d’économie, car on se demandait au vu du résultat, ce que ces appareils avaient bien pu avoir à soutenir) ou proclamant fièrement qu’elles s’étaient fait avorter, éventuellement même plusieurs fois, ce qui suggérait que certaines au moins avaient dû faire appel à des souvenirs déjà anciens.

Pis encore, on se demandait si le féminisme n’allait pas manquer de matière à revendication à notre époque où les femmes occupent massivement les deux secteurs qui ont le plus d’influence sur la formation des esprits et l’évolution des rapports humains : l’enseignement et la magistrature, entraînant une évidente féminisation des valeurs sociales.

Peut-être même pouvait-on attendre une réaction qu’on eût pu appeler masculiniste, mais il me semble bien que la plupart des hommes en soient encore à essayer de faire oublier les restes d’une virilité condamnée et d’ailleurs vacillante, exercice auquel certains ne réussissent que trop bien.

En fait les « chiennes de garde », comme elles se nomment, ont repris le bon combat en débusquant un scandale si ancré dans nos mœurs que presque personne ne s’en était avisé : l’emploi, jusque dans le vocabulaire administratif, du mot « mademoiselle ». Et en effet, il y a là une inquisition intolérable portant sur l’état-civil des femmes, aggravée par une discrimination non moins condamnable, puisque le masculin correspondant qui serait quelque chose comme « mondamoiseau » n’existe pas.

Direz-vous que, si discrimination il y a, elle est nettement positive, puisque mademoiselle évoque plutôt des images de grâce juvénile ? Rengainez votre argument, car rien, dans la vie sociale, ne doit échapper au rouleau compresseur de l’indifférenciation, dont la souveraineté absolue est de l’ordre du sacré.

Pourtant, une réflexion plus poussée conduit à émettre une objection contre cette revendication des chiennes de garde, c’est qu’elle est beaucoup trop timide et même, disons-le tout net, qu’elle traîne encore avec elle les relents d’une ancienne tradition sociale. En effet, sur le chemin de l’indifférenciation, pourquoi ne parcourir que cette modeste étape, qui maintient la distinction entre « monsieur » et « madame » ? La théorie du genre (ou du gender), qui vient de faire son entrée en force dans certains manuels scolaires français, renvoie au rang de vieilles lunes les distinctions traditionnelles entre une identité naturelle masculine et une identité féminine, chacun étant libre de choisir au fil du temps ou de ne pas choisir une orientation d’ailleurs réversible.

On ne peut qu’exhorter les chiennes de garde à faire allégeance au plus tôt à cette vérité, sans doute indépassable, déjà rôdée aux Etats-Unis, mais nouvelle en France, et d’abord de renoncer à leur nom, abusivement sexué, si elles ne veulent pas passer pour une petite meute en voix de disparition, ringarde et édentée, dont les aboiements enroués ne font plus trembler personne même pas les conservateurs antiféministes plus timorés.

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