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Adresse aux mousquetaires de l’UNI, par Denis Tillinac

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Adresse aux mousquetaires de l'UNI, par Denis Tillinac

En France, depuis la Libération, le ciel des idées est enténébré par une vision de l’homme qu’entretient le monopole de la pensée de gauche dans les sphères pédagogiques, médiatiques, éditoriales et mondaines. Vous êtes bien plaçés pour en connaître les pesanteurs à l’université, où jusqu’à Mai 68 régnait un stalinisme de béton armé. Il fut relayé par un marxo-freudisme à la sauce trotskiste, castriste ou maoïste jusqu’au recyclage par Mitterrand du gaucho manichéen en un bobo cynique, hédoniste, nihiliste.

Aujourd’hui la gauche s’affiche en démocrate rose frangée de vert mais le rouge continue d’affleurer ici ou là : dans les cryptes de son inconscient, il y a toujours un Marat, un Robespierre ou un Saint-Just pour envoyer un Malesherbes, un Condorcet, un Chénier, un Danton même à l’échafaud. Toujours un Lazare Carnot pour exterminer des rebelles : nous sommes tous des Vendéens potentiels. Le Hollande le plus tempéré par les jeux politiciens est toujours flanqué de commissaires politiques : Joly, Mélenchon, les trotskystes de service, les alter-mondialistes - et toujours s’embusque un délateur maquillé en journaliste pour traquer l’infidèle. Toujours resurgit dans l’ombre d’un chef anodin, mais avec son aval au moins implicite, cette inquisition médiévale qui voue l’insoumis aux enfers du « réac ». Ce mot « réac » a été forgé par le cléricalisme de gauche pour néantiser quiconque refuse la clôture dans son Empire du Bien. Le réac, c’est vous, c’est moi. Nul n’est à l’abri de la diabolisation, et si « réac » ne suffit pas, on vous décretera « facho ». Mieux vaudrait en rire si l’Histoire ne nous avait signalé les risques de miradors et de barbelés quand des idéologues s’avisent de socialiser l’homme dans toutes ses instances en décrétant son âme interdite de cité.

En France, la gauche a des tentations liberticides récurrentes depuis la Convention, c’est sa tare originelle. En France et seulement en France, le mot socialisme, en dépit de ses lugubres connotations historiques - le national-socialisme, l’union des républiques soviétiques socialistes - et de ses avatars contemporains - le socialisme de la Corée du Nord, le socialisme de Cuba - ce mot dont Manuel Valls avait vainement souhaité la mise au rebut, ce mot a toujours des relents de totalitarisme. Il faut le savoir, il vaut mieux s’en méfier.

L’avantage du monopole de la gauche, c’est d’avoir engendré par réaction des générations de dissidents armés de leur courage et de leur ironie. Vous, entre autres, puisque le mot « droite » ne vous fait pas peur. En osant le revendiquer, vous vous inscrivez dans un sillage de frondeurs, de factieux et de malicieux - le sillage empanaché des Mousquetaires et de Cyrano, celui des « hussards » à la Blondin mais aussi de Aron et de ses disciples qui du temps de la dictature sartrienne sur la rive gauche de la Seine ont eu le courage de défendre le monde libre contre les communistes, leurs fondés de pouvoir à l’université et leur domesticité innombrable dans la presse. De cette dictature longue et pesante, on ne sache pas que Hessel se soit jamais indigné. C’était pourtant sa génération. Vous êtes peu ou prou l’ « armée des ombres » de Kessel entre les mailles de la France « officielle », c’est votre honneur car en France le droitier n’est jamais du coté du manche. En France il y a péril à être de droite, et rien de moins simple qu’une conscience qui se sent de ce bord. La gauche possède une dogmatique : l’homme nouveau selon la norme socialiste doit être cosmopolite, interchangeable et androgyne. L’indifférenciation est la finalité, le ratiboisage par le bas, le moyen.

La gauche possède une armada de figures tutélaires, presque toujours des politiques, de Danton ou Robespierre à Blum ou Thorez en passant par Guesde, Blanqui, Gambetta ou Jaurès. Elle possède son langage (« les justes revendications des travailleurs »), sa liturgie (les manifs, les congrés) ses lieux sacrés (le mur des Fédérés). Rien de tel à droite, et tant mieux. Pas de cléricalisme, pas de credo alternatif à celui de la gauche. Nous sommes les incrédules de son approche sommaire et réductrice des réalités. Nos figures symboliques sont rarement des politiques. Nous préférons des aventuriers fastueux, des héros de légende ou des plumes enchantées : Roland à Roncevaux, Jeanne d’Arc à Orléans, Bayard à Marignan, d’Artagnan, Lupin, Mermoz, St Ex, la môme Piaf, Gabin, Tintin. Mais aussi Chateaubriand ou Tocqueville. Citer ces deux écrivains, c’est illustrer la complexité de la galaxie droitière. Chacun de nous a ses propres références, ses nostalgies, ses allergies. Chacun de nous a ses raisons intimes de refuser le credo de la gauche, tantôt métaphysiques, tantôt morales, tantôt esthétiques. Souvent les trois ensemble mais pas toujours, autour des mêmes thèmes ou sur le même tempo. Chacun de nous cultive à sa façon les vertus cardinales que la gauche méprise ou dédaigne : le sens de l’honneur, la fierté de l’héritage, le culte de l’intériorité. J’ajouterais volontiers la liberté de l’esprit, dont la gauche se targue indûment car elle la bâillonne sans vergogne quand sa dogmatique est piégée. Eric Zemmour a payé cher en monnaie de discrédit pour le savoir, il a même été condamné en épilogue à cet absurde procès politique où j’ai cru devoir témoigner en sa faveur.

Aucun corpus doctrinal, ne nous aligne en rangs par deux au pas de l’oie. Nous refusons juste d’être socialisés selon une approche, celle des soi-disant Lumières, qui réduit l’humain aux acquêts de fonctionnalités, avec la complicité des soi-disant sciences humaines, cette imposture majeure des deux derniers siècles. Nos connivences s’expriment en postures d’ironie ou de défi, parfois lourdes de mélancolie, toujours avec le sentiment d’être incompris, car nos consciences ne sont pas tirées au cordeau du rationalisme. Nous sommes sujets au doute, sensibles à la fluidité et aux ambivalences du réel- et chacun de nous sait qu’aucune droite répertoriée ne peut faire miroiter l’intégralité de ses aspirations. Cependant nous savons tous ce qui nous attend si nous ne résistons pas.

La « repentance » que la gauche exige, c’est une culture de la haine de soi et du reniement. Nous refusons un tel suicide collectif.
Le multi-culturalisme que la gauche promeut, c’est la négation de notre identité de français, d’européens, d’occidentaux - d’héritiers de Jérusalem, d’Athènes et de Rome. C’est aussi la mort de l’altérité et de la frontière intime. Nous refusons ce cosmopolitisme qui ferait de la France un agrégat de communautés aigrement rivales dans un open-space sans mémoire. Il sonnerait le glas de nos attaches culturelles les plus profondes et ferait peser sur notre descendance la menace d’une désintégration du corps social.
L’égalitarisme dogmatique que la gauche revendique est une contrefaçon du sens de la justice et l’avènement d’une société de fonctionnaires nous promettrait le sort de l’Espagne au XVIIIe siècle : un pays sous-développé. Nous refusons la décadence qui résulterait inéluctablement d’une politique d’assistanat.

Le féminisme made in USA et le militantisme « gay » de la gauche conspirent à l’instauration d’un androgynat, selon cette logique de l’indifférencié qui récuse l’altérité des genres. Pour nous, un homme n’est pas une femme, une paire n’est pas un couple et dans une cité civilisée, l’individu n’a pas tous les droits, il doit prendre en compte son héritage et sa postérité. Nous refusons l’utopie sinistre d’une société dont les égos seraient à la fois souverains, déracinés, insatiables et interchangeables. Un monde sans altérité où le même serait réduit à ne dialoguer qu’avec soi dans le miroir terni d’un narcissisme barbare.

Ce à quoi nous aspirons tous, plus ou moins consciemment, c’est l’émergence d’une nouvelle élite. J’ose dire : d’une chevalerie des âmes. Vous, demain peut-être. Une élite chevaleresque émancipée de l’argent et de la notoriété médiatique - présentement les seules sources d’un pouvoir que plus personne ne respecte, et pour cause. Une élite qui préconisera le sens de la mémoire, de l’altitude, du recueillement - pour conjurer l’effrayante prophétie d’Huxley dans son « Meilleur des mondes ».

Il vous faudra du temps, du courage, de la lucidité, du repli dans des thébaïdes. Il faudra apprendre à se ressourcer pour qu’advienne un printemps des âmes. Ce sera votre tâche historique.

Pour l’heure, il faut aller au charbon, comme on dit dans les milieux rugbystiques quand le paquet d’avants adverse promet de la castagne. La gauche française nous promet pire : son mépris, notre marginalisation. Réagissons ! Contre-attaquons avec panache et dans l’allégresse ! Ici, dans ce temple de la représentation nationale, la droite est encore majoritaire. Oh, nous savons bien, hélas, que cette droite est rarement chevaleresque. Souvent elle nous déçoit, et même nous exaspère par sa soumission aux présupposés de ses adversaires. On dirait qu’elle a peur de l’ombre portée de ce moralisme de gauche qui pourtant est agonisant. On la voudrait plus enjouée, moins techno et plus franche du collier. Le moment venu il vous incombera de l’aiguillonner, et même de la prendre de front si vraiment elle s’avère trop pusillanime. Mais il importe au préalable qu’elle reste majoritaire le printemps prochain. Il importe que Nicolas Sarkozy, puisse rester cinq ans de plus à l’Élysée. Sa défaite sonnerait le glas des velléités de remise à niveau du pays qu’il a su animer. Son tempérament, sa réactivité, son audace, son expérience le qualifient pour affronter les vents mauvais de l’Histoire sans que le France soit marginalisée ou anémiée. On lui doit des réformes courageuses - car impopulaires, et une pédagogie qui a rendu nos compatriotes un peu plus conscients des enjeux géo-politiques et macro-économiques.

J’ai soutenu mon ami et compatriote Jacques Chirac en 1995 et en 2002 sans aucune réserve contre le candidat des socialistes et je ne l’ai jamais regretté, même si certains de ses choix ont pu me désorienter. J’ai soutenu en 2007 et je soutiens Nicolas Sarkozy, également sans réserve, même si j’ai pu pareillement déplorer certaines initiatives, et plus encore certaines nominations. Elles m’ont beaucoup déplu mais elles ne portaient pas sur l’essentiel. Dans la tourmente d’une crise mondiale, le cap aura été le bon et la réélection de Sarkozy est une nécessité impérieuse. En tant que corrézien je connais Hollande. C’est une personnalité estimable qui m’inspire de la sympathie. Mais peu importe : il est le candidat d’un parti de bobos sans âme qui s’est signalé par son intolérance, son pharisaïsme, sa démagogie et sa soumission aveugle à l’air du temps. Si Hollande atteint le second tour, il sera le candidat de Mélenchon, d’Eva Joly et de deux trotzkyistes. Ces idéologues le tiendront en laisse car il devra souscrire des alliances avec eux. Ça promet des tractations peu claires, des concessions inavouées et une cacophonie dont on se gaussera à l’étranger.

Quand les idéologues s’emparent du pouvoir, ils font la chasse aux sorcières, l’ambiance s’alourdit, la France perd son humour, sa jovialité, sa personnalité pour tout dire. Avec une nouvelle cure d’assistanat - ou du « care » cher à Mme Aubry, elle se réduirait aux tristes acquets d’un gardiennage « socio-cul » depuis la crèche jusqu’à la maison de retraite. La France mérite mieux.

Si la bigoterie rose, rouge et verte fait la loi, les idées printanières auront du mal à fleurir, on s’ennuiera énormément au pays de Rabelais, il faudra se rabattre sur les chansonniers pour rire à notre aise et encore, ils risquent la mise à l’index dans les prétoires de Mme Joly. Car si Hollande devient notre Président, cette dame peut être ministre : on n’aura plus de nucléaire mais il faudra aller aux abris. La seule évocation d’un tel Fukushima politique fait froid dans le dos.
Supposons qu’Hollande s’en débarrasse. Il aura Duflot dans les pattes, et derrière son gentil minois se dissimule une idéologue ultra, bien plus dangereuse car plus rusée.

Il faut réélire Sarkozy au scrutin présidentiel, sans oublier le législatif qui interviendra dans la foulée. Entre 1997 et 2002, après la malencontreuse dissolution et la défaite subséquente, Chirac a tenu avec dignité la barre sur la scène internationale, mais c’est Jospin qui a gouverné la France et nous en payons encore l’addition en perte de compétitivité, en démoralisation du corps social, en temps gaspillé pour le redressement des comptes, malgré quelques privatisations opportunes d’un certain Strauss-Kahn. Lui, les ténors socialistes l’ont balayé dans les « poubelles de l’Histoire », comme disait Lénine, après lui avoir fait la danse du ventre pour qu’il soit candidat, en toute connaissance de sa personnalité. Vous aurez le droit de rappeler son deal avec Madame Aubry, ou d’évoquer les mœurs de série B de leurs amis politiques dans le Pas-de-Calais ou les Bouches-du-Rhône, si un de vos copains de fac socialistes s’avisait de dégainer la morale. Vous devrez surtout rappeler vos copains indécis ou blasés aux réalités politiques. Car si par mégarde les électeurs imposaient à la France une nouvelle cohabitation, c’est Mme Aubry qui la gouvernerait, elle a perdu les primaires mais elle a gardé le parti. À bon entendeur...

Pour vous, pour nous, l’heure est au combat. Il n’épuisera pas le sens que vous donnez à votre engagement, chacun avec son coeur et sa sensibilité. La victoire ne suffira pas à redresser la France sur le plan mental, intellectuel et moral. Tout est à refonder pour que renaisse l’espérance dans ce vieux pays pris en otage par un nihilisme qui ne lui ressemble pas. Je le répète : ce sera la tâche historique de votre génération d’en finir avec le conformisme qui depuis plus d’un demi-siècle met la liberté de l’esprit en berne. Ne manquez pas ce rendez-vous avec l’Histoire. Il sera infiniment plus facile si au printemps prochain Nicolas Sarkozy reste aux commandes de la France, avec une majorité de députés pour soutenir son action. Dans ces moments cruciaux, les états d’âme ne sont plus de mise. Il faut refaire le beau serment des Mousquetaires de Dumas sur la place des Vosges : tous pour un, un pour tous.

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Publié par Olivier Vial

Président de l’UNI et chercheur au CERU - Centre d’études et de recherches Universitaires. Auteur de "L’école malade de l’égalitarisme", et de "Radicalisation islamiste, la jeunesse prise pour cible" (à Paraître Octobre 2016)
- Ancien membre du Comité consultatif auprès du Haut Conseil de l’Education - HCE.
- Il contribue au site Atlantico et Figaro Vox.

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