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Interview d’Olivier Vial sur EducPro

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Interview d'Olivier Vial sur EducPro

Cinq mois après sa prise de fonction, comment jugez-vous l’action de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso ?

Nous avons d’abord l’impression que la ministre découvre les dossiers. Si elle maîtrise peut-être les questions de recherche, sur l’enseignement supérieur et la vie étudiante son discours est par ailleurs idéologique, loin de la réalité vécue par les étudiants. Un exemple : la ministre s’inquiète du fait que peu de bacs pros réussissent à l’université, comme s’il s’agissait d’une discrimination. Or, chacun sait que la place des bacs pros n’est pas à l’université. Cette volonté de faire rentrer tout le monde dans un modèle unique est idéologique. Comme si la seule chose qui comptait était de produire de l’égalité alors que, pour nous, ce qui importe pour les universités c’est de produire de la connaissance et de l’insertion professionnelle.

Que pensez-vous de la remise à plat envisagée des différentes aides sociales aux étudiants ?

Il y a là une vraie inquiétude. D’abord la ministre nous dit que le débat sera reporté en décembre après les élections CROUS en accord avec les organisations étudiantes. C’est faux : il n’a jamais été question d’un tel calendrier. Les élections CROUS fin novembre auraient été au contraire le meilleur moment pour aborder ces questions. Et sur le fond, on ne sait pas grand-chose du projet du gouvernement. Plusieurs modèles ont été envisagés. Celui de l’UNEF avec son allocation pour tous semble pour le moment enterré. Quant à proposer des allocations sous conditions de ressources des étudiants et non plus de leurs parents, cela ne veut rien dire. Par définition, les étudiants qui étudient ont un revenu nul ! Les seuls étudiants qui seront victimes d’un tel changement sont ceux qui travaillent pour payer leurs études. Et cela profitera à ceux dont les parents bénéficiaient de la demi-part fiscale et qui ne déclareront plus le versement de pension afin d’avoir la situation la plus avantageuse. C’est ça la justice sociale ?

Quelles sont alors vos propositions pour l’amélioration de la vie étudiante ?

"La seule chose à améliorer est de passer d’un système de bourses par échelons à un système linéaire pour éviter les effets de seuils"
Nous avons toujours dit que la seule chose à améliorer est de passer d’un système de bourses par échelons à un système linéaire pour éviter les effets de seuils. Reste que notre modèle social est parmi ceux de l’OCDE qui aident le moins les étudiants. Pour passer d’un système qui aide 20% des étudiants à un système qui en aide 60 voire 80%, nous sommes favorables à un vrai dispositif de prêts étudiants, à l’exemple de ce qui a été mis en place en Nouvelle-Zélande. C’est-à-dire des prêts étudiants remboursables au moment où l’étudiant a un emploi, avec des versements modulables en fonction de son salaire.

Partagez-vous le constat de la ministre sur l’échec du plan réussite en Licence ?

"Le premier moyen de lutter contre l’échec en premier cycle c’est d’éviter que les étudiants soient inscrits dans certaines filières par défaut"
Le plan réussite en Licence n’a certes pas fonctionné comme prévu. Seulement la vraie raison de cet échec est que tous les crédits ont été donnés à l’accompagnement pédagogique au dépend de l’orientation active. Or le premier moyen de lutter contre l’échec en premier cycle c’est d’éviter que les étudiants soient inscrits dans certaines filières par défaut. Réduire le nombre d’intitulés de diplômes, oui, mais ça ne suffira pas. Il faut une vraie orientation qui propose aux étudiants de s’évaluer pour vérifier qu’ils sont adaptés à telle ou telle filière. Enfin, il faut mettre plus de moyens sur les filières sélectives : IUT, BTS, classes prépas et arrêter de développer des filières qui ne mènent à rien, à l’exemple de la psychologie à l’université.

Qu’attendez-vous des Assises nationales de l’enseignement supérieur ?

Nous allons y participer mais comme tout le monde nous ne savons pas à quoi nous attendre. Tout semble réglé par avance, en catimini. Les universités ont l’air d’être la cinquième roue du carrosse. On a l’impression d’une opération de communication qui a pour seul objectif de faire passer le premier semestre sans que l’on fasse trop de bruit. En plus, il y a une tendance au double discours qui est particulièrement désagréable. On le voit avec la LRU sur la question de la gouvernance. D’un côté la ministre dit vouloir ouvrir l’université aux partenaires économiques et de l’autre on assiste à un retour des listes syndicales pour la gouvernance des universités sans qu’aucune place ne soit donnée aux personnalités extérieures représentant le monde de l’entreprise.

Propos recueillis par Emmanuel Vaillant

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