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ARAM, DIEUDONNE, révélateurs du même mal ? des "élites" dépassées...

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ARAM, DIEUDONNE, révélateurs du même mal ? des "élites" dépassées...

Sale temps pour la liberté d’expression en ce début d’année 2014... Quand un trublion désaxé concentre à ce point l’intérêt de dirigeants qui devraient pourtant avoir d’autres sujets en tête (crise, dettes, chômage, sécurité, Europe, instruction publique, etc.), c’est qu’il y a clairement un problème, puisque cet insignifiant sujet d’actualité attire toute l’attention médiatico-politique...

Enfumage ? Opération de diversion ? Personne ne croit vraiment que les "exploits" d’un seul homme au succès sulfureux mettent en danger le pacte républicain. Ou alors, cela veut dire que ce pacte est dans un tel état de délabrement, qu’une simple brise pseudo-humoristique est capable de l’abattre définitivement ?...

Si l’on s’élève un peu au dessus de l’anecdote, on remarquera que la scène humoristique française voit deux de ses membres connaître un destin diamétralement opposés : d’une part, DIEUDONNE, dont la future tournée a le même destin que les précédentes : salles combles, tournée rentable, renommée maintenant internationale ; d’autre part, Sophia ARAM, dont l’émission dite "de divertissement" ou "drôle" s’est abîmée dans les abysses télévisuelles. Rideau depuis le 1er janvier, remplacée par un Laurent RUQUIER omniprésent et insubmersible.

Pourtant Sophia ARAM avait tout pour elle au 1er septembre 2013 : réputation flatteuse sur France Inter et imprimatur de toute l’intelligentsia bobo parisienne, y compris des flèches canaliennes et des hebdos chic et toc (Télérama, Inrockuptibles, Nouvel Observateur). Tous nous l’avait présentée comme le COLUCHE féminin, au verbe haut, à la pensée fulgurante (électeurs du FN = "gros cons" ; curés = "pédophiles", etc.) et aux textes ciselés (voir précédente parenthèse)... Elle faisait fureur sur les plateaux branchés, elle DEVAIT attirer à elle et fédérer, forcément, la masse des Français, qu’elle ramènerait logiquement du côté lumineux de la Force grâce à cet humour estampillé "correct" qui était sa marque de fabrique... Evidemment.

Total : une moyenne de 2,5% de part de marché les bons jours et une émission que tous les chroniqueurs même d’un seul jour firent tout pour fuir, quitte à lâcher le bateau ivre en route (COFFE) ou à vanner sans pitié la cheftaine désemparée (BAFFIE). Spectacle surréaliste d’un gâchis monumental payé avec l’argent de la redevance des imbéciles de contribuables que nous sommes encore !

Une raison peut-être : hormis la question du talent de la demoiselle (pourtant évidente...), il y a à chercher du côté des idées promues par l’émission, où le prêchi-prêcha bien pensant dégoulinait de toutes parts... L’icône bobo paraissait perdue sur son plateau, affolée par les caméras, étonnée que ses "vannes" tombent à plat, que rien n’aille comme elle l’escomptait et que le public surtout, ne tombe pas dans le piège de la bouillie intellectuelle prémâchée.

Cette faillite, cet accident industriel grave, a duré quatre très longs mois, coûté énormément d’argent, remis en cause la crédibilité de la direction des programmes de France 2 et de France Télévisions, obligé la ministre de la Culture à défendre l’indéfendable et les donneurs de leçons à pérorer sur "l’injustice" vécue par la pauvre ARAM suppliciée...

Seul le téléspectateur est juge et son pouvoir est absolu : la télécommande est l’arme ultime, le seul juge de paix. TF1 et les chaînes TNT ou câblées ont retiré de très beaux dividendes de l’obstination de la chaine publique. Merci pour eux ! Comme quoi, la gestion privée et le couperet impitoyable (MORANDINI viré après dix émissions sur NRJ12...) sont tout de même plus efficaces !

Dans cette période morose et anxieuse où chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, les Français, après le travail, veulent rire, et tourner en dérision cela même qui les inquiète. Les succès d’un GERRA sur RTL, d’un CANTELOUP à 20h30 sur TF1 ou de Gaspard PROUST sur Canal + chez ARDISSON, illustrent ce désir, parce que le TALENT est là, les TEXTES et le SECOND DEGRE, qui manquent tant aux "humoristes officiels", tels que GUILLON, PORTE, ARAM, BEDOS père et fils...

Encore une fois, cette déculottée -et le succès persistant du trublion franco-camerounais- illustrent le décalage existant et grandissant entre les Français, ces gens de tous les jours, du zinc et de la vie quotidienne, et les "élites", médiatiques et politiques, qui s’affolent sur des sujets imbéciles et capitulent toute réflexion à propos des vrais problèmes du pays.

C’est malheureux, c’est affligeant, et cela prépare de "jolies" choses aux prochaines échéances électorales...

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Publié par Philippe Morel

Adhérent depuis 1998.

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