Strasbourg

Le baccalauréat, cette tromperie hypocrite...

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Le baccalauréat, cette tromperie hypocrite...

Alors que les résultats mirobolants de la nouvelle cuvée du baccalauréat sont enfin donnés aux élèves et à leurs parents impatients, on peut, comme beaucoup, se demander si cet illustre parchemin mérite tant d’honneurs et d’énervement.

Soyons objectif : les observateurs lui accordent-ils le moindre crédit ? Sanctionne-t-il vraiment un niveau de compétences ? Lesquelles ? A quel niveau d’exigence ? Par quelle notation ? Selon quel barème ? En considérant quelles matières et avec quelle importance entre elles ?

Chacune de ces quelques questions amène presque obligatoirement à donner une réponse négative ou dépréciative du baccalauréat.

A l’entrée de l’université, nombreuses sont aujourd’hui les facultés qui obligent les nouveaux étudiants à passer des tests de niveau de français courant (oral et écrit, grammaire, orthographe et vocabulaire), car elles craignent de se retrouver avec des gens incapables de comprendre ce qu’on leur enseignera.

Les filières sélectives (heureusement pour elles...) exigent depuis longtemps de connaître le livret scolaire pour étudier le dossier et bien évidemment, en cas d’acceptation du candidat, il va de soit que le cher diplôme est obtenu (manquerait plus que ça...).

Faut-il évoquer le cas des établissements étrangers pour se faire peur ? cela fait longtemps qu’ils ont compris que notre ministère délivre ce diplôme comme un cadeau Bonux et vérifient scrupuleusement le parcours scolaire et les résultats obtenus depuis les premières classes. La notoriété et le sérieux des établissements fréquentés ont un effet significatif sur le choix des candidats...

Car il ne faut pas se leurrer : à la lecture des très nombreuses et trop fréquentes circulaires ministérielles qui tripatouillent l’épreuve et assouplissent constamment le barème et les exigences, tous les gens de bonne foi savent, disent, constatent et tirent les conséquences, de la quasi nullité ou absurdité de l’épreuve actuelle. On obtient ce papier en combinant des matières sérieuses avec des options exotiques, on compense ses lacunes en choisissant des langues rares ou des matières délirantes, on interjette appel auprès des nombreuses commissions Théodule pour entrer dans les établissements où le niveau d’enseignement est encore préservé (Henri IV nous voilà !...) Quant aux établissements, privés et même hors contrat, ils connaissent un développement continu, inversement proportionnel à l’application scrupuleuse du programme officiel et l’usage des nouvelles méthodes "éducatives" !...

Que reste-t-il à ce diplôme, pour continuer à inspirer tant de respect et d’angoisse aux parents ? Ne pas l’avoir, tout le monde a bien compris que c’est le signe de l’échec complet. L’obtenir largement, au-delà de 16 sur 20, commence à signifier quelque chose, même si les mentions sont de plus en plus galvaudées. Mais surtout, c’est un rite, une initiation, la première vraie expérience avec un semblant d’examen du secondaire (au passage, rappelons que, en théorie, il est le premier diplôme universitaire...), un soupçon d’angoisse sélectif. C’est tout, et ce n’est plus que ça.

Faut-il le maintenir en l’état ? Il coûte cher ; d’une année à l’autre, les compromissions ministérielles le transforment tellement à chaque fois, qu’à chaque session c’est un examen chamboulé et incomparable avec ses prédécesseurs qui est organisé. Maintenant, les élèves osent râler à propos d’une "dureté" supposée, par Twitts énervés et pétitions furibardes, qui réussissent à affoler le ministère, et décrédibilisent un peu plus la chose. On n’y touchera pas, mais il finira comme le Brevet des Collèges, que plus personne ne prend au sérieux depuis longtemps.

Bonjour alors à la "sélection" (mot honni s’il en est) post-baccalauréat, bienvenue aux fils de, aux familles à réseaux, aux fils à papa, aux amis des quelques-uns, aux enfants d’anciens élèves, à tous les introduits et à tous les pistonnés. Ecole républicaine, dis au revoir au mérite et à la promotion sociale et bonjour à la débrouille et à l’endogamie sociale !

En même temps, il est vrai que les enfants de ministres vont rarement user leurs culottes Gucci dans le 9-3 !

Le baccalauréat napoléonien a disparu depuis fort longtemps, et l’illusion proposée aux enfants du peuple, qui croit encore (?) aux vertus de ce joli papier démonétisé, perdure juste pour calmer les esprits faibles et empêcher de voir que la vraie inégalité existe depuis bien longtemps. Que personne ne doute que les "fils et filles de" continueront d’être éduqués au mieux, selon les méthodes anciennes ou neuves éprouvées, et que ceux-là seront aptes à entrer de plain-pied dans le monde feutré des dirigeants et des décideurs de ce monde....

Pour le meilleur et pour le pire !

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Publié par Philippe Morel

Adhérent depuis 1998.

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