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Chrétiens d’Orient : l’insupportable déni, le rejet de l’Occident, le trouillomètre à zéro...

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Chrétiens d'Orient : l'insupportable déni, le rejet de l'Occident, le trouillomètre à zéro...

Le 7 août 2014, tombe la ville de Qaraqosh, en Irak, aux mains des combattants de l’Emirat Islamique en Irak et au Levant (EIIL). La plus grande ville chrétienne d’Irak est aussitôt la victime des exactions des terroristes de cette milice fanatique, et les croix des églises, les sculptures, les ornements et tous les symboles chrétiens sont détruits, vandalisés, profanés. Rien ne doit rester visible de la présence bimillénaire des chrétiens d’Orient maintenant que la cité est aux mains des fous d’Allah.

Plus de 80.000 personnes ont fui devant l’avancée incroyable de cette armée religieuse destructrice et obnubilée par l’élimination physique et symbolique des Chrétiens. L’état irakien post-Saddam HUSSEIN est tellement inexistant que la déroute de la pseudo armée régulière tourne à la bouffonnerie complète. Sitôt ses régiments alignés devant les Djihadistes, sitôt en déroute et surtout beaucoup de soldats qui rallient sans vergogne les rangs adverses, bien mieux rémunérés et équipés !

Ce drame illustre par l’absurde et le malheur le plus complet ce qu’il advient, lorsque des opérations militaires sont entreprises sans vraie connaissance du terrain et de la mentalité des populations. En 2003, les Etats-Unis voulaient punir HUSSEIN en le détrônant ; depuis, les Etats-Unis ne savent plus comment refonder et rendre un semblant de crédibilité à un Etat devenu fantomatique et plus corrompu que certaines républiques bananières. De facto, il est divisé selon les confessions et les ethnies, et il faut souhaiter que les troupes kurdes en repli puissent reprendre du poil de la bête pour reconquérir les territoires kurdes autonomes du Nord-Est. Ils sont le peu qu’il reste d’un Etat organisé et tolérant en Irak !

En France, le drame des Chrétiens soulève fort peu de réactions de la part des habituels défenseurs des minorités : où sont le MRAP, SOS Racisme, la Ligue de Défense des Droits de l’Homme, les partis de gauche « droits-de-l’ hommistes » ? Où sont les manifestations anti-intégristes, que l’on aimerait voir s’organiser avec autant de célérité par les mêmes qui crient sans relâche contre les "exactions" et les "crimes" commis par le seul état démocratique et occidental de la région, Israël ? Que font les représentants de la majorité musulmane modérée pour signifier leur solidarité avec la minorité chrétienne assaillie par les islamistes de l’EIIL ?

Que d’heures passées à pleurer les enfants morts de Gaza, fort justement, car toute guerre est abominable et la mort d’un enfant plus sentimentalement atroce que toute autre. Mais il est étrange tout de même que le conflit palestinien monopolise les médias, alors que les guerres interreligieuses islamo-chrétiennes du Sud-Soudan ou d’Irak et de Syrie sont à peine évoquées ou, à tout le moins, largement moins couvertes que celle de Palestine. On dira que celles-là se sont enlisées dans la banalité de l’horreur, de l’inextricable, de l’enkystement. Certes.

N’empêche. Depuis le début du pseudo "Printemps arabe" où le chaos a succédé aux dictatures policées et au moins religieusement tolérantes, les spectateurs occidentaux assistent, lorsque des images sont diffusées, à la plus grande vague d’épuration religieuse organisée depuis le génocide arménien commis par l’Empire ottoman en 1915. Les églises chrétiennes minoritaires d’Orient subissent aussi bien une liquidation physique (assassinats de prêtres et de croyants) que symbolique (destruction d’églises et bâtiments religieux, élimination des populations par incitation à la conversion, l’ exode ou le massacre). Au début du XXème Siècle, la Turquie comptait 20% de chrétiens ; aujourd’hui, reste un reliquat de 0,2% et le Patriarcat orthodoxe de Constantinople est en sursis. Avant la chute de Saddam HUSSEIN, l’Irak comptait 10% de chrétiens et le ministre des Affaires Etrangères Tarek AZIZ, était chrétien. Combien de chrétiens ont déjà choisi l’exode ? Combien depuis sont morts, violentés, violés, mariés de force, disparus, purgés ?

Les pays occidentaux ont longtemps fait la sourde oreille et ont nié la réalité, cet aveuglement leur permettant de jouer les naïfs et les ignorants. Oui, lorsque les peuples orientaux peuvent laisser libre court à leurs croyances et leurs convictions profondes, plutôt que d’adhérer au prétendument modèle démocratique occidental, ils préfèrent embrasser les préceptes politico-religieux de l’Islam et font tout pour instaurer la Charia dans leurs pays. Non, l’intervention des pays occidentaux dans les pays du prétendu Printemps n’a pas facilité ni clarifié les choses mais plutôt les a exacerbés, a amplifié le retour au fondamentalisme et au tribalisme, et beaucoup de gens maintenant, dans ces pays (les femmes particulièrement...) regrettent amèrement le temps des dictatures de BEN ALI, HUSSEIN ou KADHAFI...

Le déni occidental est dû a cette sorte de certitude quasi enfantine selon laquelle le monde entier envierait l’Occident, sa civilisation "avancée" et ses "valeurs" soi-disant "modernes"... L’individualisme, la société de consommation, l’athéisme, la laïcité, la libération des mœurs sont pourtant des idées que rejettent un nombre considérable de civilisations, de peuples et d’états souverains... Croire que tous les peuplades africaines, les peuples asiatiques et pacifiques ou les populations sud-américaines comprennent, approuvent et désirent dans un même mouvement admiratif et béat notre mode de vie est le signe d’une prétention, d’un mépris et d’une ignorance considérables, qu’ils nous reprochent fortement. Pour beaucoup même, ces exemples sont les marqueurs définitifs de notre dangerosité et de la décadence de notre civilisation.

Les moyens modernes de communication permettent aux populations demeurées traditionnelles de voir sans cesse notre mode de vie, dans les films, les séries, les reportages, les informations... Comment croire qu’ils puissent comprendre et adhérer à nos valeurs, si radicalement différentes, produits de siècles d’évolution religieuse, philosophique, politique, sociale et scientifique, dont ils n’ont même pas le début de l’idée ! Un paysan des vallées afghanes saisira évidemment le sens du vote démocratique et ses conséquences pour son pays !...

Nous heurtons en réalité de front leurs principes traditionnels et soulevons du même coup un vent d’indignation dont profitent les fanatiques, trop contents de saisir l’occasion de nous dénigrer, nous "les Croisés" ! Cet argument simpliste (tous les Chrétiens sont des descendants des Croisés ; ils sont leurs représentants en Orient, il faut donc les chasser pour purifier la région) fait mouche parmi les populations, parce qu’il est énoncé par un "imam", parce qu’il renvoie à la mémoire collective traditionnelle et parce que cela permet de rejeter les valeurs occidentales en bloc.

Eduqués à l’occidental, les terroristes du 11 Septembre nous détestaient au point de vouloir se sacrifier en martyrs. Eduqués selon des principes ultra fondamentalistes, les combattants en Afghanistan, en Syrie et en Irak, aujourd’hui, veulent notre destruction et la disparition de tous les modèles hérités de nous. Pour eux, Syrie, Irak, Lybie et Egypte n’existent pas, puisque ce sont des découpages administratifs hérités des Occidentaux suite à la Décolonisation. L’Oumma seule existe, qui doit être réunifiée puis croître sous une seule autorité, en l’occurrence le califat, pour reprendre la succession du Prophète interrompue en 1922... L’éradication des Chrétiens en Orient est une étape de ce processus rêvé par les fous d’Allah.

Nos états européens ont longtemps fait la sourde oreille et ont nié la réalité, car nos gouvernements ont le trouillomètre à zéro. Harassés par la culpabilité héritée de la Deuxième Guerre mondiale, travaillés sans relâche par l’idéologie soixante-huitarde compassionnelle et internationaliste, brimés par de multiples associations pseudo-humanitaires et complexés par des organisations tiers-mondistes qui ne cessaient d’agonir notre civilisation, les pays occidentaux ont cessé de défendre les valeurs profondes et l’héritage de nos ancêtres, nos spécificités culturelles et traditionnelles et bien sûr l’héritage gréco-latin qui nous a pourtant constitués. N’est-ce pas pour cela que toute mention de l’héritage et des racines chrétiens de l’Europe fut rejetée dans le texte de la "Constitution" européenne proposée en 2005 ? Dans le cas contraire, nous aurions couru le risque "insoutenable" d’être accusés de xénophobie, de discrimination ou d’islamophobie inconsciente !... Déjà que la Turquie nous qualifie de "Club chrétien", alors...

La présence d’une population d’origine maghrébine et musulmane toujours plus importante constitue un facteur explicatif et aggravant de la frilosité de nos dirigeants actuels à dénoncer avec vigueur les massacres des Chrétiens d’Orient. Risquer de "stigmatiser" la population musulmane -devenue une communauté reconnue, courtisée, flattée et crainte- et, peut-être, de perdre ses voix aux prochaines élections (surtout quand leur résultat s’annonce déjà cataclysmique), n’est plus envisageable pour des gouvernements et des hommes politiques en carton-pâte. Les idées ont cédé la place au clientélisme, et les penseurs des partis (principalement de gauche, mais pas seulement, malheureusement...), ayant fait leur deuil depuis longtemps des voix des classes populaires (tentées par les votes conservateurs ou de droite dure...), n’ont pas trouvé mieux que de parier sur les "communautés", officialisées maintenant depuis le début des années 2000. Quand 10% d’une population est clairement identifiée, avec des désirs et des besoins définis, la flatterie électorale peut jouer pleinement. C’est le cas de la France, c’est le cas du Royaume-Uni, voire du Benelux.

C’est pourquoi nous les entendons peu, nos chefs actuels, parce qu’ils marchent sur des œufs, sur le fil du rasoir, et qu’ils ne voudraient pas être coupés d’un coup, à cause d’une réaction solidaire trop franche. 1,5 millions de chrétiens orientaux qui n’ont pas le droit de vote ici, qu’est-ce que c’est, n’est-ce pas ? Alors que tant de "jeunes des banlieues" sont susceptibles de mettre le feu à nos villes et cités !...

Il faut alors saluer à sa juste mesure de courage rare les initiatives individuelles ou d’associations chrétiennes, catholiques en particulier, qui ont mené déjà quelques actions de ci de là pour aider les déplacés et les réfugiés d’Irak et de Syrie. Aider financièrement et par des dons de matériels semble un premier moyen d’urgence. Réunir autour de soi des gens concernés par ces massacres en est un autre, jusqu’à l’organisation de manifestations ou de rassemblements civiques destinés à signifier une compassion et une préoccupation toujours plus grandes.

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Publié par Philippe Morel

Adhérent depuis 1998.

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