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Sélection : une occasion historique gâchée

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Sélection : une occasion historique gâchée

L’échec massif des étudiants en Licence, la polémique sur le tirage au sort, le boom de l’orientation par défaut, notamment des bacs pro (+ 20 % en 5 ans), l’ensemble de ces éléments avaient permis à la communauté universitaire de prendre conscience de la nécessité de repenser la sélection à l’entrée de l’université. Le terme même de « sélection » longtemps tabou, est désormais plébiscité par 65 % des jeunes de 18 à 24 ans. Tout le monde attendait une réforme ambitieuse pour répondre à l’échec de 60 % des étudiants de licence.

Le gouvernement refusant d’assumer ce mot, vient de gâcher une occasion historique de refonder l’Université française, et de réduire concrètement l’échec universitaire.

Accès à l’université : un système lourd, bureaucratique et opaque

Pour ne pas avoir à assumer le mot de sélection, ni même imposer des prérequis pour accéder à l’université, le gouvernement s’apprête à mettre en place un sytème extrêmement lourd et bureaucratique.

Il aurait été tellement plus simple de rappeler que les bacheliers professionnels n’ont pas vocation à suivre des cursus universitaires dans lesquels ils échouent à plus de 94 %, qu’il est préférable d’avoir obtenu un bac scientifique pour faire une licence de mathématique ou de médecine… Pour ne pas avoir à assumer politiquement ce choix, le gouvernement transfère cette responsabilité à de multiples commissions. Que de temps perdu en réunion, alors qu’il aurait été plus simple et plus transparent de dire aux bacheliers que tel bac leur permet de s’inscrire dans telle filière.

Remise à niveau et parcours personnalisé : l’improvisation totale

Un lycéen qui candidate dans une filière non sélective dont il n’a pas le profil, pourra être inscrit à la condition qu’il accepte un accompagnement spécifique qui prendra, le cas échéant, la forme d’une remise à niveau. Le gouvernement promet les moyens : il faut donc comprendre que d’ici la rentrée prochaine, il financera les cours, les postes et les locaux nécessaires à la mise en place d’une telle mesure. Il faut également croire que des cours supplémentaires permettront à un étudiant de rattraper éventuellement plusieurs années d’un enseignement non suivi et « attendu ».

De la même manière, le ministère annonce la création d’un directeur des études qui aura la charge de gérer les inscriptions pédagogiques de chaque nouvel étudiant pour l’aider à personnaliser son parcours universitaire. Irréaliste ! Comment croire, par exemple, que l’université d’Aix-Marseille aura la capacité d’organiser 13 000 rendez-vous individuels entre le directeur des études et les nouveaux inscrits pendant le mois de septembre !?

L’orientation par défaut, labellisée par le rectorat

En instaurant un droit garanti à la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur, le gouvernement prend le risque de labeliser l’orientation par défaut. En effet, un jury rectoral proposera une orientation en fonction des places restantes vacantes aux étudiants qui n’auront pas été retenus dans les filières demandées. Le bachelier aura alors le choix d’accepter cette orientation par défaut ou se retrouver sans affectation. Afin de ne heurter personne, ce cas de figure s’appellera désormais être en année de césure !

L’UNI regrette que le manque de courage politique du gouvernement se traduise par une demie réforme qui aboutit à renforcer considérablement les lourdeurs bureaucratiques de l’université sans créer les conditions d’une sélection plus juste et transparente.

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Publié par Olivier Vial

Président de l’UNI et chercheur au CERU - Centre d’études et de recherches Universitaires. Auteur de "L’école malade de l’égalitarisme", et de "Radicalisation islamiste, la jeunesse prise pour cible" (à Paraître Octobre 2016)
- Ancien membre du Comité consultatif auprès du Haut Conseil de l’Education - HCE.
- Il contribue au site Atlantico et Figaro Vox.