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Réforme de l’accès à la fac : "une occasion historique gâchée"

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Réforme de l'accès à la fac : "une occasion historique gâchée"

Olivier Vial, président de l’UNI n’a pas de mots assez durs, pour qualifier la nouvelle réforme de l’accès au supérieur, présentée lundi par le gouvernement. Il dénonce "une occasion historique gâchée" et assure que cette réforme ne sera jamais appliquée.

Le gouvernement a présenté lundi son nouveau "plan étudiant" pour réformer l’accès à l’université. Objectif : améliorer l’orientation des bacheliers pour endiguer le taux d’échec à la fac. Mais pour Olivier Vial, président de l’UNI (Union nationale inter-universitaire) classé à droite, les mesures qui ont été déclinées ne présentent aucune amélioration du système, au contraire. Il dénonce la lâcheté politique qui consiste à refuser la notion de sélection dans l’enseignement supérieur.

Le plan du gouvernement va-t-il résoudre l’échec massif à l’université française ?

Non, c’est une occasion historique gâchée. Le gouvernement a eu peur du mot sélection alors que 61 % des 18-24 y sont désormais favorables. On est passé de l’idée d’installer des prérequis, c’est-à-dire d’instaurer des compétences obligatoires acquises aux lycées pour se lancer dans une filière du supérieur, à celle " d’attendus " facultatifs, ce qui ne veut plus rien dire. Les filières hors tension (qui ont la place d’accueillir tous les étudiants qui postulent), continueront finalement à accueillir tout le monde, sans condition. Un bachelier professionnel ou littéraire pourra toujours s’inscrire en médecine, tout en ayant des chances infimes de réussir dans ce cursus. Il fallait dans ces cas là, assumer la sélection.

Pourtant, c’est une nouveauté, le gouvernement proposera à tous les étudiants des cours remise à niveau pour endiguer l’échec...

Ces modules de remise à niveau, sont une bonne chose. Mais ils sont matériellement impossibles à mettre en place pour la rentrée 2019. Les professeurs d’universités sont déjà en heures supplémentaires, il faudrait un recrutement massif qui n’est pas financé. Et puis, arrêtons de se mentir, et en premier lieu aux étudiants. Ça marche pour ceux qui ont déjà un niveau relativement bon. Mais ce n’est pas quatre heures par semaines de cours supplémentaires ou des cours en ligne qui vont venir compenser des années de difficultés scolaires.

Vous dites que cette réforme va se heurter à des difficultés matérielles insurmontables, pourquoi ?

Effectivement, par expérience je sais qu’au bout du compte, cette réforme n’aura pas lieu. Tout d’un coup, on demande aux universités de recruter sur dossier, de faire du sur-mesure, et donc d’étudier des millions de dossiers sur 6 mois. Le milliard d’euros sur cinq ans, promis par le gouvernement pour accompagner ce plan qui ne suffira pas... Car la réforme prévoit également de recruter " des directeurs d’étude " dans chaque fac, qui recevront individuellement chaque nouvel étudiant. A l’université d’Aix-Marseille par exemple, il y a 13.000 nouveaux élèves par an, c’est strictement impossible. Il y aura surement quelques mesures éparses mises en place, mais la majorité va passer à la trappe. Cette réforme est viciée.

Le rajout de places dans les filières en tension vous paraît-il être une bonne idée ?

Non car là aussi on continue à se moquer du monde. Il y a quatre filières qui drainent 50 % des inscriptions totales sur Admission Post Bac (NDRL : Staps, médecine, droit, psychologie). En France on forme plus de psychologues que dans le reste des pays d’Europe réunis. A côté de ça, il y 137.000 places vacantes dans certaines filières du supérieur. Il fallait réduire les places dans ces filières surchargées qui ne donnent pas de débouchés pour les étudiants qui s’y précipitent.

Mais il y a bien une sélection à l’entrée des filières saturées, les candidats seront maintenant choisis sur profil…

Oui et justement, les recalés des filières en tension, on va les mettre où ? Le gouvernement a annoncé la création d’une commission, censée les orienter vers des filières "proches de leurs vœux". Mais la bachelière qui voulait faire du droit, on va l’envoyer où ? Le droit, c’est du droit. Si vous voulez devenir avocat et qu’on vous envoie en éco gestion c’est pas pareil. On passe d’une orientation par défaut, à une orientation forcée. Et on n’est pas à l’abri que des étudiants attaquent le rectorat pour perte de chance, ayant été orientés vers une filière non souhaitée. On a remplacé un système aveugle (pas de prise en compte des dossiers, tirage au sort), par un système aussi opaque que le précédent.

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Publié par Olivier Vial

Président de l’UNI et chercheur au CERU - Centre d’études et de recherches Universitaires. Auteur de "L’école malade de l’égalitarisme", et de "Radicalisation islamiste, la jeunesse prise pour cible" (à Paraître Octobre 2016)
- Ancien membre du Comité consultatif auprès du Haut Conseil de l’Education - HCE.
- Il contribue au site Atlantico et Figaro Vox.

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