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La France qui gagne

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La France qui gagne

I) La hausse de la qualité de vie des Français est une réalité

Un sentiment d’inquiétude généralisé

- Un sondage CSA-La Croix réalisé en 2004 révèle que les Français s’estiment inquiets (32%), prudents (29%) ou préoccupés (25%) par la situation actuelle du pays. Les Français « confiants » en l’avenir de notre pays sont en forte baisse (20% seulement, contre 30% en avril 2003).
- L’inquiétude des Français est étroitement liée aux principales questions d’actualité. L’environnement et les risques sanitaires, la mondialisation (en 2003, 72% des Français estiment éprouver de l’inquiétude ou de l’hostilité face à ce phénomène) ou le déclin de l’économie en général.

Ces craintes reposent en grande partie davantage sur une « angoisse collective » relayée par les médias et par certains hommes politiques que sur la réalité

- Le pouvoir d’achat des Français est en hausse constante depuis 10 ans : une simple contraction a été observée au dernier trimestre 2003, mais les statistiques sont reparties à la hausse en 2004. Cette hausse est certes plus faible que dans les années de forte croissance économique 1998-2000, mais l’évolution est toujours positive : 2,3% en 2002, 0,3% en 2003 et 1,4% en 2004.
- Les dépenses de consommation des ménages sont également en hausse :
— en 2003, selon l’INSEE, elles s’élevaient à 850 milliards d’Euros, contre 550 milliards d’Euros en 1990.
— le patrimoine des ménages représentait en valeur nette 5700 milliards d’Euros en 2003, contre 3250 milliards d’Euros en 1990. En 1980, ce chiffre n’était que de 1400 milliards d’Euros : les Français sont quatre fois plus riches qu’ils ne l’étaient en 1980.
- En ce qui concerne la santé, la situation n’est pas non plus si catastrophique :
— notre espérance de vie moyenne (83 ans pour les femmes, 76 ans pour les hommes) demeure l’une des plus élevées au monde.
— la France dispose de 800 lits d’hôpital pour 100.000 habitants, alors que la moyenne européenne est de 600 (400 au Royaume-Uni).
— les dépenses totales de santé représentaient 9,5% du PIB en 2002, tandis que ce chiffre s’élève à 14% pour les Etats-Unis. La différence repose surtout dans le mode de financement de ces dépenses, qui, en France, est public à hauteur de 77%.
- Les conditions de vie des Français sont globalement satisfaisantes :
— un sondage CSA-l’Humanité de juin 2004 révèle que 85% d’entre eux se déclarent satisfaits de leur cadre de vie, et 83% satisfaits de leurs conditions de logement.
— les logements insalubres (sans eau ni installation sanitaire) ont quasiment disparu : en 1984, 7,9% des logements ne disposaient pas d’eau. Seulement 0,8% des logements sont dans cette situation à présent.

II) Economie : les bonnes performances de la « France des réseaux »

- L’industrie automobile française demeure l’une des plus performantes au monde : elle produit chaque année six millions de véhicules, soit 10% du total des nouvelles immatriculations.
- L’industrie énergétique n’est pas en reste :
— Le groupe Areva compte parmi les meilleurs pour les technologies d’enrichissement de l’uranium et les nouvelles filières de réacteurs. Areva est l’un des leaders mondial de l’énergie, avec 11 milliards d’Euros de chiffre d’affaires et plus de 70.000 collaborateurs travaillant dans cent pays.
— Total-Fina-Elf, pour sa part, figure au quatrième rang mondial des groupes énergétiques et gaziers, avec 17 milliards de chiffre d’affaires et environ 110 000 collaborateurs dans le monde.
- En ce qui concerne les nouvelles technologies, il faut assumer le fait que la France s’est laissée distancer par les Etats-Unis et les pays nordiques. Nous sommes cependant en train de rattraper notre retard :
— la part des ménages équipés en micro-ordinateurs est passée de 27% en 2000 à 50% en 2004.
— si seulement 13% des Français disposaient d’un accès Internet à domicile en 2000, ce chiffre était passé à 28% en 2003. Selon une enquête de l’Autorité de Régulation des Télécommunications, il atteindrait même 36% au 1er janvier 2005.
— dans la téléphonie mobile, la France a également bien progressé. 68% des Français de plus de 12 ans disposent d’un téléphone portable, soit 44 millions de clients, ce qui nous place devant les Etats-Unis. En 2004, l’investissement en technologies de l’information représentait en France 3,1% du PIB, ce qui est inférieur aux États-Unis (5,5%) mais légèrement supérieur à la moyenne européenne (2,9%).

III) La bonne santé de la démocratie française

- L’abstention aux élections n’est pas plus élevée chez nous que chez nos voisins européens. Et si on y regarde de plus près, le taux de participation au second tour des élections présidentielles est, depuis 1965, supérieur ou égal à 80% (mis à part les élections de 1969). Ce chiffre est supérieur de vingt à trente points à la participation à l’élection présidentielle aux Etats-Unis.
- L’image de la France à l’étranger, en dépit des discours nostalgiques, ne semble pas réellement se dégrader. Un institut de politologie américain a essayé de mesurer, par un sondage d’opinion, l’influence française aux yeux des habitants de 23 pays. Il apparaît que 58% d’entre-eux estiment que la France a une influence positive dans le monde, tandis que les Etats-Unis ne reçoivent que 37% des suffrages.
- La décentralisation est également la cible de nombreuses idées reçues :
— selon le sondage IFOP-La Dépêche du Midi, les Français ont plus confiance dans les collectivités locales que dans l’État pour garantir le maintien des services publics, pour gérer efficacement l’argent public, pour œuvrer en faveur de la solidarité et pour créer des emplois.
— 2/3 des Français pensent que la décentralisation est une bonne chose.
— considérer la décentralisation culturelle comme un signe de désengagement de l’État s’avère également totalement faux : la préservation de nos 40.000 monuments historiques et des 400.000 unités dites de « petit patrimoine », chiffre inégalé dans le monde, est l’une des sources d’emplois locaux les plus fécondes.
- La situation prétendument catastrophique de notre système scolaire français doit également être relativisée :
— les chiffres de la scolarisation montrent que la France fait un effort pour qu’aucun jeune ne soit exclu du système : en 2004, 98% des jeunes arrivent en classe de troisième, c’est-à-dire 10% de mieux qu’il y a dix ans.
— 80% des jeunes Français atteignent un niveau d’éducation secondaire supérieur, alors que la moyenne européenne se situe à 73,5%.
— 14% des jeunes Français de 18 à 25 ans quittent le système scolaire prématurément, tandis que les pays d’Europe enregistrent en moyenne un taux d’échec de 18%.

IV) Mondialisation : la France qui marche

La France est compétitive :

- On doute de la compétitivité de notre pays : salariés peu productifs, impôts élevés, technologies devenues obsolètes. Mais c’est la compétitivité globale que les chefs d’entreprise regardent : ils plébiscitent aussi la formation de main-d’œuvre ou l’étendue du marché intérieur.
- Objectivement, nous affrontons bien la concurrence :
— le taux de croissance français est le meilleur taux européen (2,2% de croissance du PIB en 2004).
— la France dispose d’un PIB par habitant de $26,920 (16ème rang mondial).
— le taux de productivité horaire des Français est le 2ème mondial.
— notre productivité globale est meilleure aujourd’hui qu’il y a vingt ans.
— en termes de compétitivité, les entreprises ont su relever le défi du rapport qualité-prix. Il y a trente ans, la France n’avait aucun leader mondial en économie. Aujourd’hui, elle en a vingt, y compris dans les secteurs d’activité de pointe.
- En revanche, notre taux d’activité est faible et l’âge de départ des seniors est parmi les plus précoces d’Europe.

Les réussites françaises, cela existe :

- Des grands groupes : en 2004, les 40 premiers grands groupes industriels et financiers français ont réalisé 60 milliards d’euros de bénéfices (30 milliards en 2003).
— Renault a effectué une mue prodigieuse. L’explication de ce succès : des dépenses de R&D de plus de 10% du chiffre d’affaires, l’internationalisation du groupe, mais aussi une politique de ressources humaines innovante. La signature d’une déclaration des droits sociaux fondamentaux au groupe Renault, qui concerne tous les salariés du groupe dans le monde, et celle de la charte de la diversité, qui vise à favoriser la pluralité et la diversité de recrutement, sont des exemples méconnus du management à la française.
— Michelin, leader mondial du pneu, a déployé une charte « Performance et responsabilité Michelin », qui réaffirme la force des cinq valeurs du groupe : respect des clients, des personnes, des actionnaires, de l’environnement et des faits. Mais la force de Michelin, c’est son personnel et la culture de cette entreprise : 3,3% de la masse salariale consacrés à la formation, 760 expatriés de 31 nationalités, des formations visant à encourager la diversité des époques et un actionnariat salarié développé (69%).
— La réussite du groupe L’Oréal, leader mondial des cosmétiques, s’explique par l’internationalisation du groupe et par sa spécialisation sur un seul métier : les cosmétiques (98% de son CA). Le groupe a su aussi être le meilleur dans son métier grâce à des efforts en recherche, technologie et réactivité. Enfin, une stabilité de l’actionnariat et du management.
- Des PME : Le succès international dépend largement de la capacité à se placer sur des niches de haute technologie. C’est le cas de Radiall (fabricants de composants coaxiaux) qui a su rebondir et trouver des partenaires mondiaux ; ou bien du Moulin-Rouge, qui représente aussi un symbole du rayonnement français.
- Dans les nouvelles technologies : Atos Origin, fournisseur de services informatiques, et de Doublet, groupe textile qui s’est imposé comme un leader mondial, en réconciliant l’innovation technologique, le travail très qualifié et l’industrie textile. Air Liquide, leader mondial dans plus de 65 pays, représente 8,4 milliards d’€ de CA, dont 80% hors de France. Innovation (trois cent chercheurs), créativité, veille technologique sont à la base des performances d’Air Liquide, engagé aujourd’hui pleinement dans la protection de l’environnement et la préservation de la vie humaine.
- Des entrepreneurs : l’exemple type est Gérard Mulliez, fondateur de Auchan.
- Le Crédit Agricole est l’un des principaux groupes financiers du monde par le total des actifs (bilan consolidé de 912 milliards d’euros)
— Le modèle Crédit Agricole conjugue mutualisme, management moderne, et pratique un dualisme originel entre un président élu et un directeur général nommé.
— A la base, des caisses régionales de Crédit Agricole, sociétés coopératives autonomes, dont les dirigeants sont élus ; au sommet, une société holding par l’intermédiaire de laquelle les caisses régionales conservent le contrôle majoritaire du Crédit Agricole SA, qui détient elle-même 25% du capital de chaque caisse.
— Il y a là un mélange original de mondialisation et de terroir.

La France attractive : la France n’est pas une friche industrielle

- Beaucoup de nos bassins industriels traditionnels ont vu disparaître certains de leurs fleurons. En réalité, les difficultés de certains secteurs vont de pair avec la progression d’autres (industries agroalimentaires, pharmacie, etc.)
- Le potentiel industriel s’adapte en permanence :
— la baisse des effectifs industriels tient avant tout à l’exigence de productivité et à l’automatisation ;
— ce qu’on ne dit pas, c’est que les entreprises se sont recentrées sur leur cœur de métier et ont largement externalisé : 500.000 emplois industriels ont été déclassés.
- Même chose pour l’intérim : les employés intérimaires (200 000 personnes) sont des employés des services. Les emplois se requalifient. Demain, l’industrie recrutera plus de cols blancs que de cols bleus et les personnels moins formés iront dans les services plutôt que dans l’industrie.
- Les délocalisations nourrissent les peurs, mais investir à l’étranger, c’est une marque de bonne santé et un impératif dans un monde internationalisé :
— les marchés de demain sont en Inde et en Chine, pas en France.
— les dix secteurs industriels français qui ont le plus investi à l’étranger ont parallèlement créé cent mille emplois en France.
— les délocalisations au sens strict, c’est-à-dire les transferts à l’étranger d’une production industrielle qui est rapatriée et vendue en France, représentent environ 4% des investissements à l’étranger.
— parallèlement, les investissements étrangers en France ont créé 30 000 emplois en 2004.

V) L’exploitation du « déclinisme »

Le déclin irréversible est un mythe

- Il trouve racine dans le mythe de l’âge d’or, lieu commun en littérature, comme en philosophie. Le déclin est aussi un mythe occidental : pour les intellectuels européens, le déclin a commencé lorsque la Première guerre mondiale a commencé. Le déclin est enfin un mythe économique : il s’appuie sur une croissance trop faible du PIB et le chômage de masse.
- Le mythe du déclin renvoie à l’idéalisation d’un passé non daté : chacun de ces mythes concourt à idéaliser le passé, un « bon vieux temps », évidemment disparu. La force de ce mythe, c’est qu’il concerne chacun, mais ce passé n’est jamais défini, son époque n’est jamais datée. Par conséquent, ses bienfaits ne sont pas mesurables. Il est donc facile de l’utiliser pour flatter les passions.

Les profiteurs du déclinisme : qui perd gagne

- La théorie du déclinisme camoufle souvent des stratégies personnelles :
— Effrayer pour mieux sauver : au lieu de faire émerger un projet de société, l’opposition dénonce le déclin français. Mais peut-on sérieusement croire que si elle arrive au pouvoir, elle restera dans ce registre catastrophiste plutôt que de mettre en œuvre sa politique et de louer ses « réussites » ?
— Défendre pour mieux entreprendre : les organisations patronales utilisent l’argument du déclin pour chercher à impulser un mouvement de réforme plus favorable au développement des entreprises. Ce jeu du déclin et du sursaut est aussi aisément pratiqué par les syndicats.
- La presse se fait souvent la voix du déclin. Un exemple : en 2004, sur 125 unes du journal Le Monde consacrées à la France, 33 peuvent être analysées comme avançant l’idée du déclin (27% de ses gros titres). A l’inverse, 2,7% des unes font avancer un message optimiste. Les unes du Monde concernent, tout d’abord, la très forte aggravation des inégalités, des problèmes sociaux et environnementaux dans notre pays, ensuite, la casse de notre système économique et social, enfin, l’impuissance publique, la crise et l’inadaptation de nos institutions.
- Le discours néo-conservateur :
— pour les néo-conservateurs la divergence transatlantique à propos de l’Irak découle du déclin de la France et de l’Europe. Si la France défend les valeurs du droit international, c’est uniquement parce qu’elle ne peut plus faire autrement.
— les néo-conservateurs utilisent l’argument intellectuel de la puissance pour démobiliser les opinions publiques européennes, leur prouver que leur unique destin est de suivre la marche du monde décidée par les Etats-Unis.

La réforme par le catastrophisme émotionnel a montré ses limites

- Le catastrophisme émotionnel exige une réforme générale, immédiate et brutale. Le catastrophisme émotionnel consiste à jouer sur l’émotion en agitant une situation désespérée et en faisant appel à des mythes qui agiront sur l’inconscient. C’est à cette condition qu’on peut exiger une réforme générale, immédiate et brutale.
- Le catastrophisme émotionnel n’a servi à rien ! La sinistrose est dans tous les esprits, les Français ont perdu conscience de leurs succès et ne croient plus en l’avenir. Et pourtant, cela n’a pas permis d’enclencher un cycle de réformes. La réforme par le catastrophisme ne marche pas en France. Elle attire, mais n’aboutit à rien de concret.

VI) Propositions pour soutenir « la France qui gagne »

Il s’agit de répondre à quatre défis : « un défi philosophique, un défi bureaucratique, un défi technologique et un défi démographique ».

1) Le défi philosophique : faire évoluer les mentalités des Français

- Un plan d’urgence est indispensable pour faire sortir la France de son isolement linguistique : sans pour autant renoncer au français, il s’agit de sensibiliser les jeunes à l’importance des langues étrangères.
- Anglais et chinois mandarin sont des langues dont il faut renforcer l’enseignement.

2) Le défi bureaucratique : mettre fin à l’opposition entre fonctionnaires et salariés du privé

- Améliorer la mobilité des fonctionnaires en créant des passerelles entre public et privé.
- Redéfinir les conditions de rémunération des fonctionnaires, en attribuant par exemple un salaire plus élevé aux enseignants en ZEP.
- Adapter les effectifs aux nouvelles missions de la sphère publique. Des redéploiements de fonctionnaires doivent être réalisés dans les secteurs qui le nécessitent (informatique, affaires européennes, magistrature, santé), notamment en développement le recours à la formation professionnelle tout au long de la vie.
- Redéfinir les indicateurs de gestion des personnels, afin de mettre en place un système de rémunération au mérite dans la fonction publique.
- Favoriser la contractualisation de longue durée (contrats de 5 ans) et lancer une politique de gestion des ressources humaines ambitieuse et moderne, comme par exemple en créant des cabinets de recrutement pour l’administration.

3) Le défi technologique : adapter notre économie à la mondialisation économique

- Accroître les dépenses en recherche-développement, particulièrement dans le secteur privé, en vue d’améliorer la qualité des produits français.
- Améliorer la fluidité du marché du travail en instaurant un contrat de travail plus souple et des indemnités de départ plus généreuses

4) Le défi démographique : faire face au financement des retraites et des dépenses de santé

- « Travailler tous, et travailler plus longtemps ». Encourager le travail des populations les plus victimes du chômage, comme par exemple les femmes immigrées, en ayant recours à de meilleurs dispositifs de formation.
- Mettre un terme au « déficit d’orientation » dont les jeunes sont victimes, en encourageant par exemple la formation tout au long de la vie.
- Aménager le temps de travail pour les plus âgés et mettre à profit leur expérience, en organisant par exemple la reprise de PME par des salariés de 50 ans qui disposent à la fois « de l’expérience et de l’énergie pour entamer un nouveau défi ».

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Publié par Sebastien

Délégué national de l’UNI
en charge de la communication web et des NTIC