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Après avoir négocié la "loi Pécresse", le président de l’UNEF est en position difficile

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Après avoir négocié la "loi Pécresse", le président de l'UNEF est en position difficile

C’est à un véritable numéro d’équilibriste que se livre depuis plusieurs semaines Bruno Julliard, président de l’UNEF, la principale organisation étudiante. Mardi 6 novembre, son responsable jugeait "irréaliste" le mot d’ordre d’abrogation de la loi Pécresse, tout en appelant le même jour à l’amplification d’un mouvement qui demande cette abrogation. "Il va falloir qu’il choisisse son camp", s’agace-t-on dans l’entourage de la ministre.

Leader du mouvement contre le contrat première embauche (CPE) au printemps 2006, qui avait fait plier le gouvernement Villepin, le syndicaliste étudiant se trouve aujourd’hui dans une position bien différente. Promu interlocuteur principal de Valérie Pécresse tout au long des négociations sur la loi sur les libertés et responsabilités des universités (LRU) votée en août, Bruno Julliard a, une fois le texte débarrassé de ses deux aspects les plus explosifs – sélection et augmentation des droits d’inscription –, fait le service minimum. La réforme, technique, ne touchait pas directement les étudiants et il pensait que la mobilisation de ses troupes serait difficile.

"Il est convaincu que cette réforme était inéluctable. On en parle depuis des années et tous les candidats à la présidentielle, y compris la candidate du PS, l’avaient mise dans son programme présidentiel", affirme un ancien syndicaliste étudiant.

L’intéressé lui-même reconnaît, en privé, que l’épisode du CPE lui a fait prendre conscience que son organisation devait être plus en phase avec les préoccupations de la jeunesse. La montée en puissance d’organisations étudiantes concurrentes à l’UNEF, et plus réformistes, comme la FAGE ou la Confédération étudiante (Cé) ont accéléré ce recentrage sur la défense des conditions de vie étudiante. L’UNEF espérait que les chantiers ouverts parallèlement à la loi déboucheraient sur des annonces en faveur des étudiants. Elles lui auraient permis de faire passer la pilule de la réforme auprès de ses troupes.

Mais les premières mesures annoncées fin septembre en matière d’aides sociales aux étudiants n’ont pas été à la hauteur de ses espérances et l’ont obligé à durcir le ton. Le bras de fer avec le gouvernement à peine amorcé, le président de l’UNEF se trouve obligé de suivre un mouvement initié par des organisations plus à gauche, réunies dans un collectif contre l’autonomie des universités, dans lequel se retrouvent certains de ses adhérents. Le leader étudiant assume ses contradictions "Nous nous investissons dans la mobilisation mais avec nos propres revendications. S’il y a rupture aujourd’hui entre nous et le gouvernement, c’est qu’il n’a pas tenu ses promesses", explique Bruno Julliard.

Avec l’extension du mouvement des universités, les enjeux de son positionnement sont nombreux. "Outre le risque de se tuer institutionnellement, en brisant la relation de confiance qu’il a su créer avec Valérie Pécresse, Bruno Julliard peut payer cher électoralement un mauvais choix stratégique. Il le sait et la prudence de Sioux dont il a fait preuve dans ses déclarations au tout début du conflit en est la preuve", analyse l’un de ses opposants.

Deux scrutins sont en effet en ligne de mire pour les organisations étudiantes. En mars 2008, se dérouleront les élections aux conseils d’administration des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous), les organismes qui gèrent les bourses et les logements étudiants. D’ici à juin 2008, en vertu de la nouvelle loi sur l’autonomie, tous les élus au sein des universités devront être renouvelés. Enfin, sur le plan personnel, Bruno Julliard joue aussi sa crédibilité. Le leader étudiant, proche du PS, ne devrait pas briguer un nouveau mandat, et pourrait partir à la fin 2007. Son nom est évoqué pour rejoindre l’équipe de Bertrand Delanoë mais il est toujours resté évasif sur une éventuelle carrière politique. S’il choisissait cette voie, une attitude mal comprise pourrait entacher un curriculum vitae pour l’instant auréolé du succès contre le CPE.

Source : Le Monde

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Publié par UNI