2004 : guerres, Europe, question turque et autres considérations…

Par UNI Archives

Le 29 décembre 2004 à 10h34

Image 2004 : guerres, Europe, question turque et autres considérations…

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A l’heure où l’année 2004 finit d’égréner ses derniers jours, il est de bon ton de tirer un bilan sur l’actualité qui aura été celle de ces trois cents et quelques jours.

Un certain nombre de sujets auront successivement occupés le devant de la scène : l’Irak et sa guerre finissante muée peu à peu en guérilla de désespérados fanatiques ; les élections régionales et européennes, qui auront moins été celles des victoires répétées de la gauche, que la défaite programmée d’un grand parti désenchanté ; un climat social national excécrable, fait d’incompréhension et de peurs inexplicables entre un gouvernement trop pusillanime et une population désorientée et souvent déçue ; une fin d’année triste avec les débats sans vigueur autour de l’Europe, aux objectifs et aux ambitions incompréhensibles…

Oui, l’année fut souvent difficile, surtout pour un gouvernement dont on n’a pas toujours su où il voulait en venir, tiraillé ente l’envie naïve de plaire à ses adversaires et la nécessité de contenter son électorat. A vouloir tout ménager, ils n’ont satisfait personne. De l’audace, que diable, c’est ce qu’on leur demande pourtant !

LE DESSEIN EUROPEEN ET LE DEFICIT DEMOCRATIQUE

Le problème européen est lui bien plus important que ne l’a laissé supposer le monde médiatique français, dont on peut souligner l’indifférence coupable en ce qui concerne ce domaine de l’actualité : à l’heure où 80% de nos lois et réglements sont adoptés au niveau européen, on nous laisse accroire encore que le niveau européen n’est bon que pour les pré-retraités de la politique. Erreur, coupable erreur, qui favorise l’incompréhension des citoyens devant l’impuissance affichée de leurs élus, obligés par les directives et autres réglementations communautaires.

Significatifs sont les débats qui ont agité et qui agiteront encore, heureusement, les cénacles responsables sur les questions enchevêtrées de la « Constitution » européenne et de l’élargissement de la Turquie. Dans une ambiance délétère où l’on noie le citoyen sous des flots de proses favorables à nos amis turcs, l’opprobre est de règle vis-à-vis de ceux qui osent se poser la question du but de l’Europe, de ses ambitions et sa philosophie générale. Discuter de l’opportunité de l’entrée de la Turquie dans l’Europe communautaire oblige à revoir les buts du rêve européen. Veut-on unifier simplement un continent (vision géographique nous amenant bien loin à l’Est), ou bien un ensemble politique et/ou religieux, culturel, économique ou social, toutes options cumulatives ou exclusives qui induisent des limites différentes plus ou moins larges ? Quel est le but ? Si c’est la paix et l’économie seulement, alors on peut dire, comme certains Verts nationaux, que l’U.E. a vocation à réunir bientôt le monde méditérranéen. Mais alors que restera-t-il de l’Europe telle que définie en 1957 ?

Ce n’est pas une réponse simple que nous attendons à ce sujet, ni des sentences hautaines émanant de petits groupes d’initiés auto-proclamés visionnaires et éclairés : la Révolution de 1917 avait adopté ce principe, on en connaît le résultat flamboyant.

Ce qui doit être remis à plat est certainement en priorité la place des citoyens européens dans le processus dit « européen » : en effet il y a lontemps déjà (peut-être jamais) que les habitants de l’actuel ensemble n’ont plus été consultés sur les objectifs à atteindre pour l’avenir. La question de la démocratie dans l’Union peut objectivement se poser car aucun mandat clair n’a été donné à nos dirigeants pour l’extension perpétuelle de notre Union. Que veulent les peuples ? C’est certainement le moment de se le demander, avant qu’un rejet subit et brutal ne vienne mettre à bas cette construction ressentie comme purement technocratique et autoritaire.

En effet, comment ce mouvement historique est-il perçu par la majorité des opinions publiques ? Comme quelque chose d’étrange, de lointain, dont personne d’ordinaire ne sait expliquer les buts, ni le fonctionnement d’ailleurs, tant les arcanes sont compliquées, complexes et noyées dans une nébuleuses d’agences impossibles. Les notions simples d’Union européenne et de Conseil de l’Europe ne sont pas connues. Peu de gens peuvent donner la liste exacte des institutions législatives, exécutives et judiciaires de l’Union. Rares sont ceux qui comprennent les rôles joués par les commissaires européens (encore que ceux-là même semblent se prendre pour un pseudo gouvernement, ce qu’ils ne sont pas, malgré leurs agitations…).

Là est le problème central donc, de la perception de l’Europe par les opinions publiques, qui dans l’ignorance sont par réflexe devenues hostiles aux « machins » communautaires. Et c’est d’une gravité extrême, car les forces centripèdes en action aujourd’hui ont le vent en poupe, avec la multiplication des partis eurosceptiques ou atlantistes, dont l’objectif est de muer l’Union en une simple méga-zone de libre échange aux ordres des Etats-Unis. L’utilisation des peurs nées de l’ignorance est le principal danger menaçant l’Europe.

Il faut donc relancer le processus d’explication de l’aventure européenne, qui représente un magnifique objectif pour les peuples adhérents. La redéfinition précise des enjeux, des moyens, et des objectifs de la construction européenne sera le meilleur garde-fou contre les tentatives de destruction, de dérive et d’excès, dont le premier exemple est peut-être déjà celui de la Turquie.

LA QUESTION TURQUE

Revenons-y, à cette candidature problématique : et disons-le, tout de suite, la Turquie n’est pas et n’a jamais été européenne. C’est une évidence, aussi bien historique, que culturelle, linguistique, sociale, politique et économique. Jamais la Turquie, successeur de l’Empire Ottoman, n’a été européenne, car ses fondements même, ses racines, proviennent de l’Orient. Peuplement turc, religion musulmane, mythes et traditions orientales, sont autant de différences fondamentales, qui repoussent la Turquie sur son continent d’origine, l’Asie.
Faut-il revenir sur le fait que, pour sa plus grande part, l’histoire de la majorité des peuples d’Europe s’est construite dans la luttre CONTRE l’envahisseur turc. Toute l’Europe de l’Est et du Centre, les Balkans et la Grèce, sont nés de la confrontation avec les Ottomans : les identités nationales bulgare, hongroise, roumaine, albanaise ou serbe se sont forgées en réaction aux conquêtes de la Sublime Porte !

L’Occident lui aussi s’est battu durant plus de cinq siècles contre cet ensemble protéiforme qui s’étendait du Maroc à la Perse, et du Caucase à la Péninsule arabique : faut-il mentionner la bataille de Lépante de 1571, qui enfin desserra l’étau turc sur la Méditerranée, ou bien encore le dernier effort en 1685 pour la défense de Vienne ? S’affrontèrent là deux visions du monde, deux expériences de la vie, deux philosophies, dont l’incompatibilité a été longtemps entretenue par les gouvernements.

Aujourd’hui, ces antagonismes se sont amplement atténués, quoiqu’ils nourrissent encore certains conflits, et la cohabitation est devenue possible avec la modernité. Mais la Turquie demeure un géant indigeste à plusieurs niveaux : économiquement, la Péninsule reste un monde sous-développé où, sorti des villes, la vie se concentre autour des activités agricoles traditionnelles. La part de la population tributaire du secteur primaire demeure autour de 30%, et les coûts de modernisation sont faramineux, et nullement intégrables à l’économie développée de l’agriculture européenne. Les traditions du pays profond demeurent marquées par un conservatisme frisant l’intégrisme à la fois social et religieux : quand cesseront les mariages arrangés, les lapidations coûtumières, les assassinats de femmes pour « l’honneur », la vente des enfants aux propriétaires ? Ne faut-il pas régler le problème géostratégique posé par l’occupation militaire de l’un de nos états membres actuels, Chypre, non reconnu diplomatiquement par Ankara et dont 40% du territoire a été envahi et confiqué au profit d’un gouvernement fantôche dirigé depuis l’Anatolie ? Le choix même de cette nouvelle capitale, en 1924, par ATATURK, pourtant progressiste dit-on, avait pour signification bien comprise de recentrer le pays sur ses bases historiques millénaires, l’Anatolie, au détriment de l’ancienne Constantinople, Istamboul, jugée trop « européenne » alors, c’est-à-dire trop contestataire.

La question douloureuse et terrible de la négation du génocide arménien, dont l’évocation publique peut entraîner la condamnation à trois ans de prison, illustre de façon spectaculaire le refus des autorités turques de reconnaître aux minorités, kurdes ou chrétiennes, une existence légale et assumée. Autant de raisons, parmi beaucoup de celles évoquées par les médias, qui peuvent justifier le refus de voir la Turquie intégrer l’ensemble européen.

Alors reste la solution du partenariat priviligié. Cette hypothèse est d’emblée écartée par les Turcs, qui considèrent que ce serait déchoir, une atteinte à leur honneur national très vif et surtout un mauvais coup pour leur économie secouée régulièrement par les contre-coups d’une inflation récurrente. En outre cette solution est rejetée par les plus zêlés propagandistes de l’entrée de la Turquie, au motif que ce serait donner un signe fort de rejet de l’Islam incarné, soudain, par ce pays que l’on nous dit si laïc par ailleurs. Ce serait accréditer la théorie du « choc des cultures », ou de l’incompatibilité intrinsèque entre mentalité chrétienne et mentalité musulmane. Vigoureusement ceux-là veulent rejeter par tous les moyens l’hypothèse de l’Union « club chrétie » émise en son temps par Helmut KOHL.

Pourtant, les réactions hystériques même des Turcs et de leurs supporters ne donnent-elles pas raison à ceux qui refusent l’adhésion de la Turquie ? A trop vouloir normaliser une candidature hors norme à plus d’un titre on attire l’attention des observateurs sur les divergences intrinsèques de nos deux ensembles, et sur les difficultés évoquées plus haut.

Aux Turcs, on répondra simplement, sans excitation particulière que leur amitié nous est chère, et qu’elle existe depuis plus de quarante années de façon officielle au travers des différents et nombreux traités de coopération économique, culturelle et autre, et qui font de l’espace turco-européenne une zone de libre-échange et de coopération déjà intégrée. L’approfondissement de ces échanges, de cette collaboration et de ce travail commun sans cesse améliorable est un objectif suffisant pour enthousiasmer les foules des deux partenaires, sans que l’intégration n’apporte grand chose d’autre au travail commun.

BUSH REELU : UN EXEMPLE DE CAMPAGNE ELECTORALE

Un autre événement de l’année 2004 a été la réélection de Georges BUSH à la présidence des Etats-Unis d’Amérique : quel pied de nez vraiment, nous a fait ce Texan présenté comme un crétin congénital par tout ce que peut nous proposer le Paris intellectuel et sentencieux et ses soutiens médiatiques. Pour le coup, et sans porter de jugement sur la personne et sa politique, il faut bien reconnaître que c’est là un très bel exemple de ce qu’une campagne électorale moderne peut proposer comme spectacle et moyen mis en oeuvre au profit d’un homme. Publicités musclées, discours percutants des deux côtés, meetings populaires, militantisme admirable et mobilisateur jusqu’aux dernières heures précédant le scrutin, furent autant d’éléments qui permirent au plus efficace et confiant des deux candidats de rafler la mise haut la main (3,5 millions de voix d’avance !).

Au fond, à quoi avons-nous assisté ? Simplement à la confrontation de deux programmes clairs, à l’opposition de deux hommes issus des mêmes cercles mais porteurs de deux projets aux contours précis, argumentés et décomplexés. A BUSH, la vision d’une Amérique traditionnelle, sûre d’elle (voire hégémonique…), s’impliquant dans la vie du monde jusqu’au point de vouloir la régenter, sans hésitation quant aux considdérations religieuses induites par son discours, et surtout lui-même fervent chrétien ; et à KERRY, le projet d’une Amérique plus « progressiste », moins dirigiste ou en tous les cas moins arrogante, avec une volonté d’ouverture et de dialogue vis-à-vis des instances internationales et des pays étrangers.
BUSH a gagné, clairement, grâce à un programme assumé, et les électeurs l’ont récompensé de son attitude virile dans sa gestion des crises. Tant mieux pour eux !

Quant à nous, peut-être faudrait-il s’inspirer de cette campagne, pour redéfinir le contenu et les contours des idées en lesquelles nous croyons afin d’offrir aux électeurs de 2007 une plateforme électorale précise, argumentée, réaliste et tout simplement « de droite » : cela nous permettra certainement de reconquérir tous ces citoyens écoeurés par le « cirque » politicien, et qui en viennent à se demander quelles sont les différences entre les partis supposés adversaires et porteurs de soi-disants projets politiques… Assumons-nous que diable !

Pour le reste, les jours ont apporté leur lot de nouvelles trop souvent tristes, et souvent répétitives de malheurs. On pourra espérer que 2005 nous apporte quelques joyeuses surprises, politiques, économiques, sociales et diplomatiques…

Espérons !

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