ENJEUX ET PROBLEMATIQUES 2009 (3) : l’interventionnisme occidental…

Par UNI Archives

Le 5 août 2009 à 14h55

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Au lendemain de la chute du Mur de Berlin en 1989, de nombreux politiques et démagogues occidentaux avaient émis l’idée aberrante de la « fin de l’Histoire », du fait de la victoire définitive du Bloc occidental sur le Bloc soviétique.

En effet, la disparition effective de l’URSS en 1991 sembla donner raison à ces rêveurs, qui évoquèrent par la suite, dans leurs élans d’enthousiasme sans limites, l’avénement à très brève échéance d’un monde dans lequel, inévitablement, les valeurs occidentales de démocratie allaient triompher et se répandre jusques et y compris au fin fond des vallées afghanes ou des confins chinois, nord-coréens ou africains.

On espérait bien en effet, faire tomber, à la suite de l’URSS, les tyrannies cubaines, nord-coréenne, moyennes-orientales ou africaines, puisque leur principal soutien s’était effondré et que le seul système possible d’organisation était le système libéral, de type occidental, laïc et démocratique.

C’était oublier que, depuis 1945, l’opposition entre les deux Blocs n’avait fait que masquer, camoufler ou retenir les penchants et haines naturelles existant de par le monde. Le conflit israélo-palestinien demeure une épine purulante de la diplomatie mondiale. Le modèle de vie occidentale est rejeté par plus de 80% de la population mondiale, élevée selon des préceptes diamétralement opposés et incompatibles à ceux de l’Occident, chrétien ou laïc. Les populations du Sud miséreux n’ont qu’une envie, c’est de prendre leur part, par tous les moyens, du gâteau occidental.

Les années 1990 ont été le laboratoire saisissant de la renaissance des nationalismes, des haines inter-éthniques, des revendications irrédentistes et des confrontations religieuses : les guerres en Ex-Yougoslavie, le génocide au Ruanda, les deux Intifadas en Palestine, le réveil des guerres tribales africaines (Sierra Leone, Libéria, Côte d’Ivoire, Zaïre et Somalie…) ont démontré que le naturel humain, une fois libéré des chaînes idéologiques artificielles que l’on avait voulu leur imposer, reprenait ses droits, et les oppositions millénaires toute leur signification et leur actualité.

Plus particulièrement, s’est développé avec une rapidité extraordinaire le fanatisme religieux islamique, aux racines profondément implantées dans les régions agricoles et illettrées du Moyen-Orient et d’Asie Centrale : le Pakistan et l’Afghanistan étaient ainsi, fatalement, les deux Etats, plus ou moins fantômatiques dans lesquels ce fanatisme allait trouver les conditions les plus favorables à sa croissance. Après quinze années de guerre, contre les Soviétiques puis entre seigneurs de guerre, l’Afghanistan se trouvait -et se trouve toujours- dans le même état de délabrement que la Somalie africaine : aucun Etat, des oppositions tribales, une région montagneuse aux vallées isolées, autant de possibles redoutes utiles à d’éventuelles organisations terroristes ! Quant au Pakistan, miné par la corruption, laminé par une armée égoïste et clientéliste, traversé par de très nombreux courants extrémistes islamistes disposant d’un réseau étendu de madrassas permettant d’endoctriner sa jeunesse, sa fragilité était patente depuis le milieu des années 1990 !

En 1995, le premier attentat contre le World Trade Center aurait dû signifier pour toutes les démocraties qu’un nouvel ennemi venait de lui déclarer la guerre. Déjà BEN LADEN et Al-Qaeda étaient aux manoeuvres, mais ces anciens supplétifs des Américains en Afghanistan contre les Soviétiques ne furent pas pris suffisamment au sérieux, parce qu’ils semblaient isolés, et parce qu’ils étaient originaire d’Arabie Saoudite, un client important et un allié stratégique des Etats-Unis. On sait ce qu’il advînt le 11 septembre 2001 : 3000 morts environ, et la fin tragique du rêve de la « Fin de l’Histoire » !

A partir de ce moment-là, le choc produit par l’attaque simultanée décilla les yeux d’un certain nombre de responsables américains, et aussi de certains Euopéens, qui résolurent de combattre avec tous les moyens possibles ces mouvements et ces forces qui nous avaient clairement déclaré la guerre ! Il fallut que ce soit le président George BUSH Jr qui porte la responsabilité de la contre-offensive. Cela donna de nombreux arguments à ses détracteurs pour rejeter, systématiquement, TOUTES ses initiatives, même celles qui, avec lucidité, tentèrent de liquider les complices d’Al-Qaeda. Si l’on peut discuter l’opération irakienne, l’élimination des Taliban ne peut être remise en cause, ne serait-ce parce que cela mit fin à l’un des régimes les plus effarants de ce début du 21ème Siècle -les femmes afghanes nous remercient encore !…

Seulement, ces circonstances, et les conflits précédents en Europe, ont soulevé, de manière légitime à notre sens, la question de « l’interventionnisme occidental ». Qu’est-ce qui justifie effectivement l’implication continue des forces occidentales dans les tentatives de règlement des conflits apparus depuis 1991 ? Avec ou sans l’approbation de l’ONU, pourquoi devons-nous nous mêler de tout, sur tous les continents, pour toutes les causes ? Des choix ne devaient-ils pas être fait plus clairement ?

En réalité, à ces différentes questions, posées par les habituels associations et mouvements pacifistes et munichois, les principaux fournisseurs en troupes, les Etats-Unis en l’occurence, avaient déjà répondu : pourquoi intervenir en Afghanistan ? Les Taliban étaient les alliés et les hôtes des terroristes d’Al-Qaeda, ils devaient être punis, et les moyens logistiques des terroristes anéantis. Pourquoi intervenir en Irak ? Au-delà des excuses foireuses des armes de destruction massive, le fait demeurait que Saddam HUSSEIN était un dictateur, un massacreur, dont la réorientation islamiste confortait par ailleurs les mouvements terroristes de Palestine, personne ne peut honnêtement regretter sa disparition.

Le défaut principal de l’action de la Coalition occidentale en Afghanistan et en Irak est le manque flagrant de coordination et l’implication très variable des contingents présents dans ces deux pays : aujourd’hui, l’Irak recouvre peu à peu une souveraineté préparée avec efficacité par le général PETRAEUS, présent de 2006 à 2008, et l’Etat irakien retrouve une réalité qui parvient à reprendre le pas sur les appartenances ethniques ou religieuses des habitants d’Irak. En Afghanistan, hormis les Américains, les Britanniques, les Canadiens et les Français, les autres troupes présentes rechignent -parfois jusqu’à la mutinerie (les Hollandais)- à s’investir dans les combats de terrain, pour reprendre la maîtrise du pays.

Il est clair que, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les populations européennes ont perdu l’habitude de la guerre, et toutes ses conséquences classiques lui sont devenues insupportables. Chaque mort militaire, chaque mort civile, est vécue comme une mort de trop, et les opinions versatiles et timorées s’effrayent aussitôt à l’idée des conséquences de ces combats contre les fanatiques. Il faut donc expliquer, encore et encore, la nécessité des combats, l’importance des victoires contre les taliban, et les besoins formidables en hommes, matériels et argent que ces opérations génèrent.

Les interventions militaires doivent être menées à la juste mesure des objectifs, mais notre interventionnisme dans ces pays doit aussi prendre un aspect civil, de reconstruction, de modernisation, d’éducation et de soutien à tous les niveaux. Vaincre militairement ne suffit pas, les coeurs aussi doivent être conquis, et le meilleur moyen est de démontrer, au jour le jour, à la fois le respect que nous avons pour ces populations, mais aussi l’attention qui est à la nôtre pour leur développement, après trente années de conflit et de déconstruction de l’Etat afghan.

Des erreurs sont faites depuis 2003 : il faudrait en effet avoir le courage de nettoyer les administrations pourries, de démettre les gouverneurs, les juges, les policiers corrompus, de lutter contre le narcotrafic qui étend son emprise sur toute l’économie vacillante du pays et d’accepter aussi de prendre en main une agriculture de subsistance qui ne parvient pas à nourrir et entretenir une population affamée et majoritairement agricole.

Les fanatiques religieux peuvent facilement convaincre les hommes de les rejoindre : leur illettrisme ne leur permet pas de réfléchir aux mensonges qu’on leur assène. C’est pourquoi l’éducation des enfants, garçons ET filles, jeunes hommes ET jeunes femmes, est l’un des éléments stratégiques de la lutte contre l’obscurantisme islamique.

Ces différentes politiques supposent que l’Etat afghan soit, à son sommet, exempt de tout soupçon de corruption. On ne peut pas dire que cela soit le cas : de nombreux ministres et Hamid KHARZAï lui-même ont été mis en cause dans des affaires de corruption et de détournements de fonds. Peut-être que les prochaines élections porteront à la présidence un homme plus intègre ? C’est à souhaiter !

Partout ailleurs dans le monde, les Etats-Unis , qui sont sans conteste possible la première puissance militaire, ont été appelés à intervenir : en Sierra Leone pour mettre fin à une guerre civile terrifiante pilotée depuis le Libéria voisin, en Ex-Yougoslavie jusqu’en 1999, en Somalie en 1993. De même des états européens comme la France ou le Royaume-Uni sont intervenus fréquemment, comme au Rwanda, en Côte d’Ivoire, au Tchad ou au Zaïre (futur Congo « démocratique »). Quelques soient les résultats effectivement obtenus, ces interventions ont eu lieu parce que de nombreuses zones du monde demeurent en proie à des conflits et sont les sujets de tensions sanglants et insupportables pour les opinions occidentales informées en temps réel. Et que les anciens états coloniaux demeurent les alliés de référence et en soutien de ces jeunes pays bien trop souvent à la dérive !

L’interventionnisme a pourtant une limite : la volonté des peuples que nous désirons aider, bien souvent sans arrière-pensée, et qui peuvent rejeter l’idée de cette aide, qui froisse leur orgueil national. C’est ce qui se passe en Afghanistan depuis 2003 : les populations sont lasses d’être « occupées ». C’est ce qui s’est passé dans l’Ex-Yougoslavie.

Alors intervenir ? Avec doigté, en prenant en compte la volonté des peuples, en essayant de manier avec la même dextérité le bâton et la carotte, et en acceptant que peut-être, malgré toute notre bonne volonté, nous ne puissions pas propager partout avant longtemps notre modèle de société post-industrielle, athée et individualiste…

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