Entretien avec Jean Lemière

Par UNI Archives

Le 16 avril 2003 à 16h36

UNI

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Jean Lemière est député UMP de la Manche, président de la commission « enseignement, nouvelles technologies » au conseil général de la Manche. Ancien directeur de l’IUT de Cherbourg.

■ 96% des chefs d’entreprises se félicitent des formations dispensées dans les IUT. Pourtant des inquiétudes grandissent sur la disparition des IUT. Selon vous, quelles sont les raisons pour le maintien des IUT ?

Les IUT et leurs DUT sont fortement reconnus par le monde professionnel. A côté des BTS, ils occupent une place particulière : ils proposent une formation très liée à l’entreprise et bénéficient de la compétence des enseignants universitaires et du second degré. Ils permettent, selon les aspirations des diplômés, soit une insertion professionnelle deux ans après le bac, soit une excellente poursuite d’études en école d’ingénieurs, de gestion, de commerce, en IUP, en licence professionnelle, en MST ou en formation complémentaire.
Or, aujourd’hui il serait question de les transformer. Pourquoi vouloir à tout prix changer une formation qui a fait toutes ses preuves ? Certes, les programmes d’études sont importants, entraînant un rythme soutenu pendant les deux années de formation. Pourtant, c’est cette mobilisation des esprits, conjuguée à un encadrement pédagogique fort, qui permet d’entrer dans l’entreprise avec des acquis que l’expérience professionnelle viendra enrichir. C’est aussi cette dynamique de travail qui permet de poursuivre un cursus dans les formations supérieures sans difficultés.
L’alignement sur le modèle licence / master / doctorat, qui risque d’entériner la disparition
des IUT, est une erreur. La référence à un modèle européen masque une réalité: les étudiants
titulaires d’un DUT ont un niveau supérieur à leurs homologues anglais ou allemands.
Penser en nombre d’années n’a donc pas de sens. C’est le niveau de formation qui compte,
c’est la pédagogie des IUT qui doit primer. Les ECTS favorables aux formations des autres pays européens cachent, dans un souci d’harmonisation, des différences fondamentales dans le contenu des enseignements, dans la manière d’enseigner et dans le type de relations entretenues avec les entreprises. Par ailleurs transformer les DUT en bac +3 serait une erreur majeure, au coût important, et qui allongerait la durée des études en brisant un rythme qui constitue une réelle dynamique. La place des DUT, cycle de deux ans, se trouve à côté des BTS, des DEUG et des classes préparatoires. L’autre force des DUT vient du fait qu’il s’agit de diplômes nationaux. L’échec relatif des licences professionnelles régionales, voire « locales », mal reconnues en dehors de leur bassin de formation est un exemple à méditer
avant de détruire ce qui a réussi: un modèle français qui permet de réunir dans une équipe pédagogique des universitaires, des professeurs du second degré et des intervenants issus du monde de l’entreprise.

■ Les titulaires de DUT sont de plus en plus nombreux à vouloir poursuivre leur cursus. Selon quelles modalités, d’après vous, la création d’une filière technologique permettrait-elle de répondre à cette attente ?

La poursuite des études après le DUT est variable selon les départements de formation et oscille entre 45 et 65 %. Elle est totalement légitime. Les étudiants des IUT réussissent très bien en école d’ingénieurs ou de commerce, dans la filière comptable, en MST etc. Ils sortent d’ailleurs souvent major de promotion.
En terme d’organisation générale, il faut conserver le socle Bac + 2 : DEUG, DUT, BTS, classes préparatoires.
Ensuite, les licences classiques, technologiques ou professionnelles, les formations spécialisées de niveau bac + 3 ou l’intégration dans une école d’ingénieurs, de commerce, de gestion ou d’un IUP.
A l’horizon 2005/2006, des centaines de milliers de techniciens, de cadres et d’ingénieurs issus des générations du baby boom vont partir en retraite. Actuellement, et en particulier pour ce qui est des formations technologiques industrielles, nous sommes
incapables de pallier la totalité de ces départs. C’est un véritable défi qui est lancé à notre Nation. Nos formations technologiques industrielles attirent trop peu d’étudiants. Donc, avant de parler de filière technologique, il faut lancer un véritable plan pour les formations technologiques industrielles sur une durée de 3 ou 4 ans avec à mi-parcours, , un bilan pour apprécier la réussite ou l’échec des objectifs. Il faut par ailleurs agir directement sur l’orientation des étudiants, offrir de véritables bourses technologiques supplémentaires
à leur arrivée en DUT, BTS, DEUG et classes préparatoires.

Il faut aussi trouver des moyens similaires pour renforcer l’attractivité des IUP et des écoles
d’ingénieurs concernés. C’est une action volontariste qui requiert un travail avec les chefs d’entreprise, les proviseurs de lycées, les directeurs d’IUT, les conseillers d’orientation. Dès
la première année de ce plan, des actions de communication doivent être entreprises en direction de l’ensemble des élèves. En particulier, les jeunes femmes doivent savoir qu’il
n’y a plus dans l’industrie de métiers réservés aux hommes. Compte-tenu de leur réussite indéniable dans le système éducatif, elles peuvent prétendre à une carrière réussie dans l’entreprise industrielle. Aux chefs d’entreprise de répondre par le principe « à responsabilité égale, salaire égal et promotion égale».

■ Les IUT sont connus pour les relations qu’ils entretiennent avec le tissu économique local.
Ces liens sont-ils source de valeur ajoutée en terme de pédagogie ?

Les IUT proposent à leurs étudiants des stages mais aussi beaucoup d’actions en direction de leur environnement économique local: études commerciales, études techniques, études financières etc. Ce contact avec la société réelle est essentiel dans la formation. Les soutenances auxquelles participe le commanditaire de l’étude (chef d’entreprise, responsable
de collectivité territoriale, président d’association) sont un véritable exercice pédagogique qui prépare à la vie professionnelle.

■ Considérez-vous comme essentiel le statut d’autonomie des IUT vis à vis des universités ?

Le modèle des IUT a déjà essaimé dans l’université (IUP, licences professionnelles). L’une des raisons de la réussite des IUT tient à leur autonomie d’action garantie par l’article 33. Le directeur d’IUT, ordonnateur ordonnateur principal des dépenses et des recettes, met cette autonomie et sa réactivité au service des décisions prises par le conseil d’administration et
le conseil de direction. Le fléchage des moyens attribués par le ministère entraîne une responsabilisation de la gestion de l’institut. Les IUT sont des unités à dimension humaine
et responsables de leur destin. Ils pratiquent, pour mieux connaitre l’efficacité de leur formation, l’audit permanent : orig ine des étudiants, leur réussite, les raisons de leur echec, leur devenir après le DUT, l’adéquation des unités de programme avec l’entreprise etc. Ces interrogations constantes permettent de se remettre en cause et de s’adapter aux nouveaux étudiants qui ne sont plus ceux des années soixante dix et à l’entreprise qui, elle aussi, change.

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