Entretien exclusif avec Jean-Pierre RAFFARIN

Par UNI Archives

Le 27 novembre 2002 à 17h29

UNI

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Action étudiante : Quelles sont les priorités de votre gouvernement, plus spécifiquement tournées vers les jeunes, qui marqueront votre engagement ?

Jean-Pierre RAFFARIN : Comme je l’ai dit cet été lorsque j’évoquais les 4 points cardinaux de l’action de mon gouvernement, le nord : le retour de l’autorité républicaine, l’est : une justice plus efficace, l’ouest : la dynamique de la liberté, le sud c’est le cœur, celui de la jeunesse. Je suis convaincu que la jeunesse française n’est pas à la dérive, comme on l’entend souvent, mais qu’elle a au contraire le souhait de participer à notre vie publique. Il est de notre responsabilité de lui offrir la possibilité de s’engager, de ne pas gaspiller le dynamisme et les convictions des jeunes. La politique du gouvernement en faveur des jeunes s’articule selon deux axes majeurs :

– faciliter leur entrée dans la vie professionnelle : la mise en œuvre des contrats-jeunes en entreprise permet d’ores et déjà une grande avancée. Au contraire des emplois-jeunes, qui créaient des emplois précaires et pesaient lourdement sur les dépenses de l’Etat, les contrats-jeunes en entreprises ont vocation à créer des emplois durables (CDI). Les jeunes peuvent désormais mettre leur énergie au service des entreprises et participer ainsi directement à la croissance de notre pays.

– répondre à leur désir d’engagement : pour le deuxième axe, répondre au désir d’engagement des jeunes, c’est d’abord mieux leur exposer les variétés d’engagement qui se présentent à eux. C’est l’objet du « livret des engagements » qui sera présenté par Luc FERRY au début de l’année 2003 et qui recensera 10 000 projets (humanitaires et sociaux, économiques, sportifs, culturels, civiques) pour lesquels les jeunes pourront mettre à profit leur dynamisme et leur volonté de participer à la vie de la société. Le foisonnement de projets répertoriés au sein de ce li-vret témoigne d’ailleurs, si c’était encore nécessaire, de la réelle mobilisation des jeunes de notre pays. Le gouvernement est également en train de finaliser le projet CIVIS « contrat d’insertion dans la vie sociale ». Plus spécifiquement destiné aux jeunes qui portent un projet, il leur permettra de redevenir acteurs de la vie de la société en s’engageant dans la création d’activités, le volontariat ou encore l’humanitaire. Cette réponse nouvelle apportée par le gouvernement correspond aux besoins des jeunes qui sont éloignés à la fois de l’institution scolaire et du monde du travail. J’ai la ferme intention de répondre au plus près aux attentes des jeunes, mais aussi et surtout de leur permettre de montrer que la jeunesse française n’est pas le refuge de la violence et de la désillusion, mais au contraire une formidable réserve de générosité et d’engagement pour la société. Pour conclure, je voudrais souligner qu’il existe aujourd’hui une double responsabilité : celle des responsables politiques envers les jeunes, qui doivent leur montrer qu’ils ont entendu leur appel du 5 mai et s’appliquer à gagner leur confiance. Parallèlement, les jeunes ont également une responsabilité vis-à-vis de la France : nous avons besoin de vous, de votre engagement, de vos idées et de vos compétences pour modifier les comportements et faire bouger la France. L’action politique, militante ou associative, la participation à la vie de la société, sont autant de domaines qui doivent être ouverts aux jeunes et dans lesquels nous avons besoin de les voir s’impliquer. Votre prédécesseur a complètement négligé, pour ne pas dire sacrifié, l’enseignement supérieur et la recherche.

Action étudiante : Pourtant l’avenir de plus de deux millions d’étudiants et jeunes chercheurs s’y joue. Quelle politique allez-vous mettre en oeuvre dans ce domaine ?

Jean-Pierre RAFFARIN : Comme l’a déjà exposé M. FERRY, le gouvernement et moi-même avons souhaité mettre en œuvre une politique audacieuse pour l’enseignement supérieur et la recherche. Il est avant tout primordial que les jeunes réussissent leur entrée dans l’enseignement supérieur. Trop de jeunes se retrouvent en situation d’échec à cause d’une mauvaise orientation initiale. Les choix des jeunes doivent être respectés afin d’éviter une orientation par défaut : par exemple, tout bachelier technologique ayant en premier vœu souhaité une orientation technologique courte (par exemple un BTS) bénéficiera désormais d’une priorité pour y être admis. D’autre part, et parce que les étudiants ont le droit de faire un choix erroné au départ, nous allons développer l’enseignement de la culture générale dans les premiers cycles universitaires : ainsi, si un étudiant souhaite se réorienter vers une spécialisation différente, il pourra le faire malgré la spécialisation de la ou des premières années de formation qu’il a suivies. Nous ne voulons pas que le choix opéré tôt par un étudiant lui ferme les portes d’autres possibilités du fait d’un système devenu trop rigide. Parallèlement, il m’apparaît aujourd’hui indispensable de mieux adapter l’enseignement supérieur aux nouveaux enjeux internationaux. Il nous faut aujourd’hui donner à nos diplômés la reconnaissance qu’ils méritent à l’échelle européenne. Un certain nombre de mesures vont donc ainsi être prises afin d’achever en 2010 l’espace européen de l’enseignement supérieur : les trois premières années de formation seront repensées (licence), le très haut niveau de qualification des bac+5 sera affirmé au plan international par la reconnaissance d’un diplôme spécifique (le master), la généralisation des écoles doctorales permettra d’organiser la formation autour d’équipes de recherche reconnues et fédérées par un projet… Enfin, nous ouvrons, dès cette année, de nouvelles perspectives pour la recherche universitaire : ses moyens sont d’ores et déjà considérablement accrus. 8 milliards d’euros supplémentaires pourront être dégagés pour la prochaine vague des contrats quadriennaux d’établissement. Le soutien technique apporté est également rehaussé avec la création de 700 postes de personnels IATOS. Par ces mesures significatives, nous entendons montrer que la recherche est une préoccupation majeure du gouvernement et que les chercheurs, en raison de leur importance pour le rayonnement intellectuel de la France au-delà de nos frontières, doivent être encouragés dans cette voie.

Action étudiante : Près de 40% des enseignants-chercheurs et chercheurs vont partir à la retraite dans les dix ans qui viennent. Le gouvernement socialiste s’est refusé à anticiper cette évolution. Comment envisagez-vous de répondre à cette échéance ?

Jean-Pierre RAFFARIN : Afin de ne pas négliger la qualité du recrutement, il nous semble essentiel de démarrer dès aujourd’hui l’anticipation de cette évolution. Nous avons ainsi procédé cette année à la création de 420 postes d’enseignants chercheurs, qui viennent accroître de manière significative le potentiel scientifique des laboratoires de nos établissements. Cet effort sera régulièrement poursuivi et augmenté dans les années à venir afin de ne pas avoir à procéder, le moment venu, à un recrutement trop massif d’enseignants-chercheurs, qui, je le répète, nuirait à la qualité de ce recrutement. Mais l’effort, afin de conserver la qualité de ce recrutement, doit aussi porter sur une revalorisation de ces métiers. Les étudiants doivent être incités à se tourner vers les carrières de la recherche. Il est indispensable que le gouvernement s’engage fermement dans une volonté de revalorisation de cette carrière, en insistant sur la noblesse de ces métiers bien sûr, mais en donnant aussi à nos chercheurs les moyens de leur excellence.

Action étudiante : Cela passe-t-il selon vous par des mesures comme la définition du statut d’un étudiant-chercheur, la création de contrats spécifiques post-doc, etc. ?

Jean-Pierre RAFFARIN : Un grand nombre de mesures sont déjà prévues. Afin d’attirer les jeunes vers la recherche, nous nous devons de leur offrir des perspectives attrayantes : il sera par exemple désormais possible pour les EPST et les EPIC, et en partenariat avec les universités et les entreprises, de recruter des jeunes post-doctorants d’origine française ou étrangère dans toutes les disciplines, à tout moment de l’année, sur contrat de 12 à 18 mois et pour un montant de 2050 euros bruts par mois. Les grands pays scientifiques connaissent déjà ce mécanisme. C’est la première fois qu’il est introduit en France. Parallèlement, le montant des allocations de recherche sera revalorisé de 5,5% cette année et 1000 monitorats supplémentaires seront créés. Les meilleurs étudiants désireux de s’orienter vers les carrières de l’enseignement et de la recherche pourront ainsi le faire dans les meilleures conditions possibles. Enfin, afin d’irriguer l’ensemble de la société française, les jeunes docteurs formés par la recherche verront la possibilité de passerelles avec le monde économique et de l’entreprise largement développée, notamment par le biais de la mise en place des masters.

Action étudiante : Vous entendez faire des familles votre priorité. L’idée d’un RMI-jeune, cher à la gauche, synonyme pour la jeunesse d’assistanat, est-elle définitivement abandonnée ?

Jean-Pierre RAFFARIN : Je vous l’affirme ici très clairement : il n’y aura pas de RMI jeunes mis en place par mon gouvernement. La jeunesse d’aujourd’hui n’a pas besoin d’être assistée mais d’être orientée vers des solutions concrètes qui lui permettront d’accéder elle-même à son autonomie. Ainsi, le travail doit être revalorisé. Un salaire versé correspond à un travail effectué, ce n’est pas faire justice aux jeunes que de considérer qu’ils ne peuvent comprendre cela. L’Etat se doit de les aider dans leur quête d’autonomie, par exemple en leur proposant, au travers du livret des engagements, l’accès à un certain nombre de projets ou d’activités qui peuvent être rémunérés. De plus, la revalorisation de 15% des bourses annoncée dès cette année participe de cette volonté d’aider les jeunes à accéder à une autonomie. L’autonomie de la jeunesse est une revendication juste, l’assistanat des jeunes par l’Etat en est un détournement idéologique.

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