Entretien exclusif avec Laurent Hénart, Secrétaire d’état à l’insertion professionnelle des jeunes

Par UNI Archives

Le 4 novembre 2004 à 0h00

UNI

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L’insertion professionnelle et l’accès au premier emploi demeurent une des principales préoccupations des jeunes (et quel que soit leur niveau d’études). Trop souvent, les employeurs leur reprochent leur manque d’expérience professionnelle. Comment sortir de cette impasse qui consiste à réclamer de l’expérience professionnelle à des jeunes qui n’ont jamais travaillé ?

Vous avez raison de noter ce paradoxe de l’entrée sur le marché du travail auquel nombre d’étudiants sont confrontés : l’expérience professionnelle conditionne souvent l’entrée dans l’emploi, et souvent, c’est par l’emploi que l’on acquiert de l’expérience professionnelle. La notion d’expérience professionnelle recouvre diverses réalités. Soit l’employeur recherche un collaborateur senior, c’est-à-dire expérimenté dans un secteur d’activité ou un métier. Dans ce cas, une première expérience est souvent nécessaire, en termes de compétences ou d’expertise, pour tenir le poste de travail. Soit il recherche un nouveau collaborateur junior, ayant déjà une première approche du monde de l’entreprise, de ses modes de fonctionnement ou de ses contraintes. Ici, l’expérience professionnelle peut avoir de multiples visages : un ou plusieurs stages réalisés au cours des études, jobs d’été ou de vacances, qui sont autant de témoignages de l’engagement du futur collaborateur au sein du monde du travail.

Je ne saurais jamais assez conseiller aux étudiants de multiplier ce type d’expériences : elles apportent un aspect pratique que, parfois, les études ne proposent pas. A ce sujet, dans le projet de loi de finances pour 2005, les revenus de ces jobs de vacances seront exonérés de l’impôt sur le revenu pour les jeunes mineurs, afin qu’ils ne pèsent pas sur la fiscalité du foyer fiscal de rattachement. C’est un encouragement à découvrir le monde du travail.

Enfin, outre l’expérience professionnelle, il y a la façon de rechercher du travail. C’est une technique à part entière, une matière qu’il faudrait parfois enseigner. Lorsqu’en tant que jeune, je propose ma candidature dans une entreprise, de manière spontanée ou en réponse à une annonce, j’offre souvent autre chose qu’un diplôme ou une qualification. Cet « autre chose » qui détermine souvent la décision positive du recruteur, ce sont mes qualités propres, ma capacité à m’adapter, à adhérer à un projet d’équipe… Il faut savoir le présenter dans un C.V, l’expliquer lors d’un entretien. Cela ne s’improvise pas mais s’apprend, comme par exemple lorsque l’on recherche un stage ou un job. J’encourage toutes les écoles ou universités à réfléchir à l’accompagnement nécessaire aux techniques de recherches d’emploi.

L’apprentissage en France est plébiscité par les employeurs. Pourtant les jeunes et leur famille ont une image souvent négative de ces filières. Peut-on avoir une politique volontariste en la matière, notamment au niveau de l’orientation ?

Nous avons une politique volontariste en cette matière ! Nous voulons que le nombre d’apprentis passe de 350 000 à 500 000 d’ici 2009. Pour cela, il faut des moyens et la réforme de la taxe d’apprentissage que nous proposons permettra de financer le développement de l’apprentissage. Mais au-delà, il faut, vous avez raison, modifier l’image de l’apprentissage. Savez-vous que cette filière de formation initiale est l’une des plus performante en terme d’insertion dans l’emploi ? Savez vous que l’on peut préparer des diplômes de haut niveau par l’apprentissage (DESS, ingénieur…) ? Savez-vous que de nombreuses branches professionnelles proposent de véritables filières diplômantes par l’apprentissage, du CAP à la maîtrise mais aussi des perspectives de carrières durables? Cela est méconnu par beaucoup de jeunes, leur famille et de nombreux enseignants. Alors il faut, bien sûr, réfléchir à l’orientation des jeunes et la future loi d’orientation sur l’école que proposera le ministre de l’éducation nationale traitera ce sujet. Par ailleurs, il faut agir immédiatement : nous éditerons au printemps prochain le premier « baromètre des métiers qui recrutent », afin que les décisions d’orientation des jeunes et des familles soient considérées à l’aune de notre réalité économique à court et moyen terme : il faut informer nos jeunes que nous recherchons des chaudronniers dans l’industrie, des conducteurs de travaux dans le BTP, des professionnels de l’hôtellerie pour nos grands groupes hôteliers internationaux, des professionnels du commerce pour garantir nos ventes en France et dans le monde entier… Tous ces métiers qui recrutent peuvent être accessibles par l’apprentissage.

Plusieurs mesures fortes et innovantes sont proposées dans le plan de cohésion sociale : les jeunes qui signent un contrat d’apprentissage verront leur salaire exonéré de l’impôt sur le revenu. Les entreprises qui accueillent un apprenti bénéficieront, quant à elles, d’un crédit d’impôt de 1600 euros par an (si l’élément financier n’est pas déterminant, il est incitatif et permettra aux jeunes, aux familles, aux entreprises de s’orienter plus facilement pour tous métiers et tous diplômes, vers l’apprentissage).

Par ailleurs l’Etat, crée un fonds de modernisation et de développement de l’apprentissage qui contribuera à la modernisation de l’appareil de formation.

Avec près de 150 000 étudiants qui quittent l’université sans avoir obtenu le DEUG, et tous ceux inscrits dans des filières « parking » n’ont que peu de débouchés professionnels. Les étudiants, aussi, rencontrent des difficultés importantes en terme d’insertion professionnelle. Comment répondre à ce problème, et pourquoi ne pas avoir inscrit cette thématique dans la loi de cohésion sociale ?

Vous avez raison de souligner l’importance du nombre d’étudiants qui quittent les bancs de l’université sans avoir abouti à un diplôme ou qui ont choisi des thématiques peu porteuses sur le marché de l’emploi. Le plan de cohésion sociale propose un accompagnement pour tous les jeunes sans diplôme ni qualification, ceux qui n’ont ni CAP, ni BEP, ni BAC, pour les aider à intégrer le monde du travail. Ces jeunes, le plus souvent issus de zones urbaines sensibles, connaissent une situation intolérable au regard du chômage : un taux de chômage de 30% à la sortie du système scolaire ; 5 ans après les études, ceux sans diplôme ont un taux de chômage de 35 %, ceux diplômés du secondaire (jusqu’au BAC) de 11 % et ceux diplômés du supérieur (BAC +) de 6 %. Les données étaient claires et le sens de notre action l’est aussi.

Toutefois, je ne souhaite pas opposer les non diplômés et ceux qui le sont. J’ai pour responsabilité de proposer des perspectives réelles à ceux qui quittent l’université sans avoir obtenu le DEUG ou des diplômes sans réel débouché. Le projet de loi de programmation pour la cohésion sociale propose une première mesure à destination des étudiants qui souhaitent changer leur orientation vers l’enseignement professionnel qu’est l’apprentissage, en adaptant la durée du contrat d’apprentissage aux acquis de l’étudiant : moins d’un an pour des diplômes de niveau équivalent ou inférieur à celui déjà obtenu par le jeune. En ce sens, j’entends présenter dès 2005, des mesures en faveur des étudiants peu ou surdiplômés.

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