Hervé Mariton rend hommage à Alexandre Soljénitsyne

Par UNI Archives

Le 26 mars 2019 à 9h08

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Vous êtes membre du Comité pour la célébration du centenaire de la naissance d’Alexandre Soljenitsyne. Qu’est-ce qui vous a séduit chez cet auteur ? Son oeuvre ou sonengagement de dissident contre le régime communiste ?

J’ai d’abord été sensible au message de liberté exprimé par Alexandre Soljenitsyne. Lycéen en 1973, apprenant le russe, déjà attentif aux combats pour la liberté dans le monde, j’ai entendu l’explosion qu’a été la publication de « l’Archipel du Goulag ». Je ne comprenais pas l’anti-américanisme primaire d’une part de l’Occident – en France en particulier – qui allait encourager la victoire communiste au Vietnam, qui allait détourner les yeux des massacres du Cambodge. Quand certains appelaient le communisme, d’autres voulaient s’en libérer … J’avais déjà visité l’Union Soviétique, à treize ans, en 1972. Ma conscience politique était forte. Mais j’étais sensible aussi à la qualité de l’écrivain, prix Nobel de littérature en 1970. J’appréciais en particulier ses oeuvres les plus poétiques comme « la Maison de Matriona », le parcours haletant, romanesque et politique à la fois du « Premier Cercle », la force d’écriture que l’on trouve aussi dans les mémoires littéraires et politiques que sont « le Chêne et le Veau ».

Vous avez décidé de vous engager pleinement dans cet hommage en montant sur les planches pour faire découvrir au public, le discours que le prix Nobel de littérature avait prononcé devant les étudiants de Harvard. Pourquoi ce texte est-il important ?

Je me suis engagé pour commémorer le centenaire de Soljenitsyne parce que son rôle dans l’histoire est essentiel. Il est de ceux qui ont fait tomber le système soviétique et il nous alerte aujourd’hui sur la fragilité de notre monde. J’ai voulu mettre en avant le discours de Harvard (1978) parce que c’est un texte à la fois littéraire, politique et spirituel. Soljenitsyne a combattu pour libérer le bloc soviétique du communisme et ce combat, en 1978, reste incertain. Mais déjà il veut dire à l’Occident ses limites, ses fragilités.

Que dit ce texte sur notre époque ?

Le discours de Harvard résonne avec une grande actualité. Il nous dit, à côté de ses vertus, les faiblesses de l’Occident. Il constate – et ce constat est frappant aujourd’hui – la fragilité d’un progrès qui oublierait toute perspective morale et spirituelle. Il annonce ce que nous appelons aujourd’hui « la crise de la démocratie », parce qu’une démocratie qui oublierait tout surplomb moral, comme la distinction du bien et du mal, courrait à sa perte. Il récuse la dialectique du populisme (le peuple est profond mais il peut conduire au totalitarisme) et du progressisme (Soljénitsyne, scientifique de formation, apprécie le progrès, mais il interroge aussi sa conscience). On peut même trouver chez Soljénitsyne quelques enseignements pour lire la crise des « gilets jaunes », une quête de sens au delà d’une revendication matérielle.

Si vous deviez choisir une phrase de Soljenitsyne, laquelle choisiriez-vous ?

La fin du discours de Harvard : « personne sur la Terre n’a d’autre issue que d’aller toujours plus Haut ».

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