La meilleure façon de ne plus être une victime, c’est de se battre pour cesser de l’être

Par UNI Archives

Le 9 octobre 2009 à 22h14

UNI

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Par Nicolas Madelénat di Florio, Représentant de la délégation UNI Aix-Marseille lors de l’AG du mardi 5 mai 2009 à la faculté de lettre d’Aix-en-Provence.


Se tenait hier une assemblée générale dans le grand hall de la faculté de lettres. La délégation UNI que je représentais s’y est, bien sûr, rendue. En effet, il serait bien léger de représenter les étudiants, ceux qui ne cassent rien, ceux qui ne hurlent pas, mais qui, tout simplement, veulent étudier correctement, sans y aller. Nous avions toutefois été prévenus que le ton serait plus dur, la réaction des bloqueurs forcément plus violente voire extrême. Nous souhaitions, toutefois, ne pas ajouter encore de sordide à la situation. Après tout, quel intérêt aurions-nous à nous enfermer dans ce cercle de violences, gratuites et inutiles, préjudiciables à tous, puisque même les bloqueurs commencent à se lasser? Aucun, concrètement.

C’est donc dans une volonté de dialogue, d’actions utiles, mais aussi afin de signifier clairement notre présence, que nous avons demandé à siéger à la tribune. Y étaient déjà attablés trois étudiants et un professeur, représentant le corps enseignant syndiqué. Notre demande n’a pas été proposée au vote. C’est là une bien triste réaction que nous condamnons, forcément. Ainsi, les personnes présentes ont-elles demandé à l’assemblée, deux cents personnes environ, de voter leur formation (ils étaient donc quatre) et nous ont opposé, ensuite, ce vote. C’est là bien triste système. Deux choix s’offraient alors: partir, ou nous imposer. Nous avons opté pour la seconde solution, et c’est devant un parterre d’étudiants surpris que notre représentant a porté une chaise et est allé s’installer à quelques pas de cette tribune qui lui refusait droit de siéger. Quelques prises de parole ensuite, quelques tentatives de l’obtenir aussi, puis le ton commençant à monter, nous avons, enfin!, pu parler. Un propos clair, allant au but, point de recherche stylistique, pas non plus de lecture de tract. Notre représentant l’a dit souvent, nul souhait pas racoler pour quelque courant idéologique ou, plus simplement, tenter de convaincre avec les idées des autres.

Les étudiants ont été sensibles à cette approche concrète, proposant une vraie présentation de la situation. Était-il nécessaire de tenter de légitimer par des idéaux boiteux et surannés la haine, la violence, et un ensemble des plus utopiques, presque exotique, que quelques ultras venaient de répandre? C’est dans ce fumier là, substrat idéologique de mouvements entachés de médiocrité et de misérabilisme que son allocution s’est confrontée, et opposée.
Des professeurs parlaient, généreusement, du fait qu’une année pouvait être sacrifiée, qu’après tout, ce n’est pas si terrible d’offrir un semestre sur l’autel de leur révolution. Soit. Ce sont là de beaux arguments à qui est fonctionnaire d’État, titulaire, et qui n’a donc pas de soucis matériels. Concrètement, combien de professeurs grévistes ont signalé leur état, lequel entraine une réduction de leurs revenus? Combien ont assumé, jusqu’au bout, leur engagement et renoncé à ce salaire si critiqué? Nous touchons là au faîte de l’hypocrisie, la même qui les pousse à instrumentaliser leurs étudiants, les lancer dans la rue, et se retirer devant les charges de CRS lorsque les manifestations dérapent. Les mêmes qui prétendent défendre l’Université française mais qui contribuent à la détruire. Nous accusons ces défenseurs d’idéaux utopiques, de folie consommée, d’user de leur ascendant afin de souiller les bancs de nos facultés. Nous accusons ces gens de bercer d’idéaux les esprits qu’ils devraient tourner vers la lumière de la connaissance, les pousser à exploiter le maximum de leurs capacités, mais au contraire de les trainer dans la fange de leurs jeunesses perdues. Cessons donc cette langue de bois qui n’est plus bonne à rien, coupons là les échanges. L’Université n’a pas à encourager des gens à aller dans le mur. Ce sont, en substances, les propos présentés hier. Ce sont aussi les souhaits des étudiants et leurs attentes.

Aujourd’hui, un étudiant diplômé de la faculté de Lettres et Sciences Humaines est presque sûr, bien que couronné d’un master voire d’un doctorat, d’être chômeur. Cinq ans d’études pour remplir une demande d’aide au logement, ou une adhésion aux ASEDIC, c’est un peu fort. Clairement, le problème se situe dans la volonté, ou pas, d’avoir, à la sortie de ces études, un emploi. Partout était écrit, hier,«L’Université meurt, mais ne se rend pas» Logique, puisque ces pires ennemis sont en son sein. En prétendant sauver la faculté de divers monstres hypothétiques, et la caricature est partout présente, mère de toutes les folies et aussi de tous les excès,les leaders extrémistes condamnent ces lieux et surtout, toujours les mêmes, ce sont les étudiants qui en souffrent et en payent les conséquences. Il est beau de se bercer d’utopie lorsque l’on est fonctionnaire, lorsque l’on lutte contre son employeur en somme, l’État. Les étudiants, quant à eux, doivent être replacés au centre du débat, écoutés et responsabilités: ne plus être, en somme, un bétail commode, taillable et corvéable à loisir par les franges déconfites de partis dissouts ou qui devraient l’être.

Beaucoup d’étudiants n’ont pas la chance que leurs parents puissent financer leurs études. Ils sont obligés de travailler, en plus de l’effort demandé par leurs cours, la préparation de leurs devoirs. Ces gens ont besoin d’argent. Cet argent sert à se loger, se nourrir, assumer des frais lourds, la vie à Aix étant chère. Beaux discours donc de poursuite de lutte, de mobilisations violentes, d’actions choc, mais qui va apporter aux étudiants précaires une vraie solution? Est-il normal que des personnes qui veulent étudier soient contraintes de subir les conséquences de ces blocages dont on sait qu’ils n’aident en rien le dialogue, lequel est le seul moyen de se faire entendre? Que dire à un étudiant qui nous demande la date des examens car il doit travailler, aussi, en plus des trois mois sans cours, pendant les vacances? Que dire à un étudiant qui vient chercher des solutions afin de payer son loyer? Que dire à un étudiant qui veut, tout simplement, que l’Université devienne ce qu’elle devrait être, un formidable levier d’ascension sociale?

Qui défendre en somme, entre des bloqueurs minoritaires et violents, pas forcément les plus représentatifs, et toutes celles et ceux qui ne sont pas inscrits à la faculté afin d’avoir la grande chance de militer, de camper sur des matelas crasseux, découvrir les joies de la gale, de la promiscuité, bref, à toutes celles et ceux qui veulent, tout simplement, ancrer leur avenir dans la réalité?

Le discours de notre porte-parole a été largement apprécié, souvent même par des personnes qui, après coup, ont retrouvé, sur leur torse, un autocollant NPA ou JEC. Belle démonstration toutefois que la vérité est, comme l’esthétique, universellement reconnue par tous les Hommes.

Il faut toutefois déplorer un incident, lequel allait être imputé à l’UNI. En effet, un groupe d’anti-bloqueurs, dont aucun n’est adhérent de notre mouvement, a tenté de prendre d’assaut un des barrages installés dans le grand hall. Panique générale, mobilisation des quelques défenseurs encore en place, l’offensive a été repoussée, à charge donc d’un élu communiste de nous reproposer, lors de la prochaine AG, sa petite phrase quant à l’usage de la force pour les expulser. Nous avons une autre méthode, moins violente mais plus en accord avec notre société, le droit. Celui de ne plus accepter, chaque année, que des actions inutilement violentes et contraignantes, nuisibles aux étudiants et à notre pauvre université, n’aient lieu.

A la suite de l’Assemblée Générale, et après nous être inquiétés de la situation, notre représentant a longuement échangé avec des journalistes. Pas de langue de bois, ni de faux-débats. Les étudiants ne sont pas tant intéressés par les luttes fratricides entre professeurs et Gouvernement que par leur propre avenir. Triste que l’extrémisme utopiste récupère les AG afin d’obtenir le public qui ne se déplacerait pas faute de vote, lequel public n’attend que le retour du droit à étudier dans nos amphithéâtres. Les étudiants viennent aussi afin de dire Stop! Marre d’être, sans cesse, capturés par des courants parasites, marre aussi de devoir travailler pour beaucoup trois mois de plus car les cours ne sont pas assurés et que le loyer, hélas, ne peut pas être reporté.
Marre d’être des victimes, marre de subir, une seule envie, se battre pour cesser de l’être !

Cordialement,

Nicolas Madelénat di Florio.
n.madelenat@orange.fr – Profil Facebook.

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