L’électrochoc

Par UNI Archives

Le 24 novembre 2005 à 19h46

UNI

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A en croire la plupart des commentaires émis depuis quelques semaines, les violences dans les banlieues auraient éclaté à la manière soudaine et imprévisible d’une éruption volcanique ou d’un tremblement de terre. En réalité, les barils de poudre étaient en place depuis longtemps et ils s’accumulaient même au fil des années. Il était évident qu’à tout moment une étincelle pouvait provoquer une explosion, certaines s’étaient même produites sporadiquement, mais il était politiquement très incorrect de donner l’alarme. Maintenant qu’il n’est plus possible de se boucher les yeux et les oreilles, on peut remonter aux causes et établir les responsabilités.

Les responsabilités

Contrairement à ce qu’on croit généralement, le cours des événements n’est pas déterminé par des forces matérielles. A l’origine, on trouve toujours des idées et les moyens de les propager. En l’espèce, ces idées portent des noms tels que utopisme, angélisme, démagogie, leur mode de propagation théorique s’appelle terrorisme intellectuel et leurs fusées porteuses sont l’enseignement et les médias.

Toutes les idées pernicieuses reposent sur un socle commun : le refus d’admettre les réalités les plus évidentes enseignées par l’expérience et le simple bon sens. En matière de coexistence de populations différentes, n’importe qui comprend qu’on accumule tous les risques si on laisse s’implanter en grand nombre des immigrés formant des blocs compacts et dotés de mentalités et de mœurs très éloignées de celles du pays d’accueil. La gauche a nié ces évidences et leur a substitué des idées purement arbitraires, toujours démenties par les faits, présentant comme un idéal l’avènement d’une société pluriethnique et pluriculturelle qui, en réalité, est vouée à devenir pluriconflictuelle. Grâce à l’utilisation intensive de l’enseignement et surtout des médias, elle est parvenue à diaboliser ses adversaires et est ainsi restée maîtresse du terrain.

Dès lors, le système était verrouillé. La situation était régulièrement aggravée par les gouvernements de gauche et insuffisamment redressée par les gouvernements de droite, paralysés par la crainte de se voir accoler les étiquettes infamantes de racisme, fascisme, etc. La part de responsabilité de la droite dans la situation actuelle tient non pas à ses idées ou à ses convictions, mais au contraire à sa faiblesse devant les manœuvres d’intimidation de la gauche.

Le mal est profond

Devant une situation aussi grave que celle que nous connaissons, il est tentant de refuser de voir. Naguère encore, il ne fallait pas dire la vérité sur le communisme pour ne pas «désespérer Billancourt». Maintenant, pour certains, il s’agit coûte que coûte, pour ne pas désespérer le Val Fourré, d’éluder les réalités un peu trop rugueuses, celles qui vont à l’encontre du conformisme intellectuel régnant. Les voies de contournement sont nombreuses : en voici simplement quelques-unes.

La plus fréquentée sans doute consiste à banaliser le problème en le réduisant à sa composante sociale : si les banlieues ont explosé, c’est à cause du chômage qui y sévit. Il est vrai que le chômage est un facteur aggravant de toutes les difficultés, mais l’explication est un peu courte. Elle ne dit pas pourquoi ce sont ces chômeurs-là seulement qui se sont jetés dans la violence, alors que des millions d’autres sont restés tranquilles. Elle ne dit pas pourquoi, parmi les plus violents, se trouvent des gamins qui, bien loin de chercher désespérement du travail, refusent d’aller à l’école. Elle oublie aussi de prendre en compte le fait que le chômage, qui peut être une cause, peut être aussi la conséquence de certains comportements. Bien des sociologues patentés, moins bavards ces derniers temps, nous avaient exposé doctement que le travail ne faisait pas partie de la «culture» de certains «jeunes» qui «n’intériorisaient pas» l’utilité de respecter des horaires professionnels.

Le langage sert à faire connaître la réalité mais aussi, éventuellement, à la dissimuler ou à l’estomper en bannissant le mot propre. En matière de contorsions verbales, l’inventivité n’est jamais prise de court. Après les «jeunes» qui ont un peu trop servi, on lance sur le marché l’expression de «minorités visibles». Certains esprits naïfs se demanderont si c’est une manière de faire le partage entre les homosexuels discrets et ceux qui donnent dans le style gay pride, mais il semble que la solution de l’énigme soit à chercher dans une autre direction. On comprend que ces artisans si délicats de la langue française s’indignent ou fassent la fine bouche devant le vocabulaire employé par le ministre de l’intérieur, qui va jusqu’à traiter de «racailles» d’honorables incendiaires et qui, circonstance aggravante, recueille pour cela l’approbation des Français.

Pour en venir au cœur de la question, les convenances imposent qu’on tienne à l’écart du débat l’origine ethnique des émeutiers et leur religion. Pour l’origine ethnique, on n’en parle pas, si ce n’est, en cas de nécessité, sous le vocable de «minorités visibles». Pour la religion, on fait remarquer que les islamistes semblent n’avoir pas joué de rôle actif dans le déclenchement des violences. Ceci n’a rien d’étonnant, car leur stratégie n’est évidemment pas de créer le désordre dans les zones islamisées, mais d’y faire régner l’ordre islamiste. Ils ont d’ailleurs fait des propositions dans ce sens, soit ouvertement, sans doute plus souvent, de façon très discrète.

Reste un fait massif, sur lequel presque personne n’insiste, mais que personne ne conteste vraiment : dans leur grande majorité, les émeutiers appartiennent à des familles originaires d’au-delà de la Méditerranée, au nord ou au sud du sahara, et sont de religion musulmane. Il est possible qu’ils ne soient pas très assidus à la mosquée, mais ces deux facteurs, ethnique et religieux, forment le cœur de ce qu’on appelle un peu vaguement une culture commune, une sorte d’identité collective. Cette culture influe fortement sur les façons de penser et de vivre, par exemple sur la pratique (non obligatoire) de la polygamie, qui a été citée comme un élément de déstabilisation des enfants favorisant le recours à la violence. Il faut toujours être prudent dans l’interprétation des faits, mais on ne saurait passer sous silence celui qui s’impose le plus évidemment.

Enfin, une dernière question se pose : quels rapports existe-t-il entre les auteurs des violences et les autres habitants des banlieues ? Une réponse est donnée dans presque tous les commentaires comme une vérité première : il ne faut surtout pas faire d’amalgame entre la majorité pacifique et cette infime minorité de casseurs. A vrai dire, il est difficile d’émettre un avis pertinent quand on ne connaît pas le milieu. Ce que révèle la simple observation des événements, c’est que la majorité semble être très attentiste. Pas de grands défilés, pourtant si facilement organisés en d’autres circonstances, si ce n’est pour déplorer la mort de deux garçons électrocutés du fait de leur propre imprudence. Ni solidarité ni condamnation. On reviendra plus loin sur cette question restée en suspens.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que les violences dans les banlieues ne sont pas une simple poussée de fièvre. Elles sont la manifestation de certaines caractéristiques profondes incrustées dans la société française et qui conservent un potentiel explosif inquiétant.

Et maintenant ?

Il faudrait être bien présomptueux pour proposer une solution simple et globale, clés en main, pour une situation si complexe et si grave.

Il est malheureusement plus facile de commencer par écarter les solutions illusoires. A commencer par celles qui fleurissent souvent à droite, dans les conversations privées, telles que : «Il n’y a qu’à renvoyer tout ce beau monde hors de chez nous !». En fait, chacun sait bien que ce sont des paroles assez creuses, car les difficultés les plus graves viennent d’individus qui ont pour la plupart la nationalité française.

A l’inverse, il ne faut pas attendre de résultats fructueux d’une politique qui vient spontanément à l’esprit et qui donne bonne conscience aux gouvernements : injection de moyens dans les banlieues pour rénover le cadre de vie et pour aider les chômeurs. Outre qu’on ne sait pas trop d’où sortiront ces moyens, on sait, depuis Michel Rocard qui voulait repeindre les ascenseurs et les cages d’escalier, quelle est l’efficacité de ce genre de solution. Allons-nous construire des écoles et des gymnases dans l’espoir de donner satisfaction à ceux qui prennent justement plaisir à mettre le feu aux écoles et aux gymnases ?

Comme objectif à long terme, on distingue traditionnellement l’assimilation, qui vise à rendre les nouveaux arrivants aussi semblables que possible à la population d’origine (par la mentalité, le mode de vie, etc.) et l’intégration, qui consiste à accueillir des ensembles, des communautés, qui conservent pour l’essentiel leurs caractères propres. Traditionnellement, c’est l’assimilation qui était au cœur du «modèle français». Puis le mot a quasiment disparu. Ce qu’il désigne est-il encore possible ? On aimerait répondre affirmativement. Il est certainement possible d’assimiler individuellement un certain nombre de personnes, et nous devons travailler dans ce sens, mais il faut une bonne dose d’optimisme pour espérer obtenir ce résultat à n millions (cinq, six, huit ?) d’exemplaires, d’autant que, contrairement à ce qui s’est passé précédemment, ce sont les générations les plus jeunes qui sont les plus hostiles et les plus violentes.

Que reste-t-il donc ?

Il faut d’abord tirer la leçon des événements en discréditant définitivement ceux qui préconisent encore d’avoir recours à une immigration massive pour nous permettre de travailler moins et pour payer nos retraites précoces. Le cynisme et la lâcheté poussés si loin se confondent avec la stupidité. Il faut au contraire limiter le plus possible les apports nouveaux, aussi bien par des mesures de contrôle sur notre territoire qu’en aidant les pays africains à garder chez eux leurs ressortissants, pour leur bien et pour le nôtre.

Plus généralement, nous devons appliquer une politique sélective et contrastée. Nous avons aujourd’hui tendance à confondre dans un même magma ces populations difficiles et à nous comporter envers elles avec un mélange de crainte inavouée et de sentimentalisme larmoyant. C’est le meilleur moyen de les amalgamer entre elles et de leur inspirer hostilité et mépris à notre égard. En fait, il y a des personnes qui veulent vraiment respecter les règles de notre jeu, qui sont prêtes à faire des efforts pour y parvenir : il faut les y aider, les favoriser, et les moyens ne manquent pas pour cela. A l’opposé, il y a ceux qui nous déclarent une véritable guerre ou qui ont une activité foncièrement nuisible, comme les organisateurs du marché de la drogue : pour ceux-là, le traitement approprié est la répression sans faiblesse (répression policière et judiciaire, mais aussi sanctions économiques et financières). Et puis il y a toute une masse indécise, celle qui est restée attentiste pendant que les voitures ou les bâtiments flambaient et que les projectiles pleuvaient : elle penchera du côté où elle sentira une volonté forte et sûre d’elle-même.

Car voilà bien la clef de voûte de notre édifice national. Si nous pataugeons dans le relâchement, dans la mauvaise conscience et dans la repentance à répétition, nous pourrons engloutir toutes nos ressources et arborer tous nos sourires : nous serons d’abord méprisés et ensuite dominés. Si au contraire nous sommes fiers de ce que nous sommes, de l’histoire de notre pays, de nos valeurs spirituelles, nous attirerons les meilleurs et nous maintiendrons la cohésion de notre patrie.

Nous verrons à terme si l’électrochoc de ces dernières semaines aura été salutaire ou néfaste, si nous sommes un peuple qui se couche pour mourir ou qui retrempe son énergie dans les épreuves.

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