Quelle identité pour quelle nation ?

Par UNI Archives

Le 10 mars 2010 à 16h00

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La question de l’identité nationale qui a été relevée par le président de la République et son ministre es qualité a déclenché de très vives et très polémiques prises de position, beaucoup d’acteurs politiques ayant dénoncé une campagne ou un débat « infamant et inutile » pour la société française. Les anathèmes se sont multiplié, les noms d’oiseaux aussi, et le résultat final -ou provisoire ?- n’a satisfait ni ceux qui auraient bien voulu approfondir le débat ni ceux que sa simple évocation hérissaient.

Pourtant, dans un pays aussi complexe et ancien que la France, la réponse que l’on peut apporter à la question de l’identité nationale emporte inévitablement des conséquences aussi bien théoriques que pratiques.

Poser la question de l’identité nationale de la France au début du 21ème Siècle suppose l’existence d’un malaise, le besoin de définir maintenant ce qui, dans les années 1930, 1950 ou 1970 encore, ne posait aucun problème. Nul alors n’aurait pensé à rappeler la définition de l’identité de la France, de son peuple, de ses habitants.

Si l’on s’interroge aujourd’hui, c’est bien qu’il y a eu un changement, une évolution, une transformation même de ce qui faisait la France « éternelle » d’alors. Ce « pays des villages et des clochers » s’est mué en un « pays des villes et des banlieues », au sein desquelles sont nées des tensions et des oppositions qui ont concouru à rendre nécessaire ce débat.

Pour le dire clairement, c’est principalement l’arrivée massive de populations éthniquement et culturellement différentes, avec leurs us et coutumes, leurs croyances et leurs revendications, qui a déclenché ce changement, un changement tel qu’il suppose une véritable « recherche » de l’identité française.

A partir de 1974 et l’instauration de la politique de regroupement familial, une transformation anthropologique et démographique d’ampleur a touché la société française, par l’arrivée de migrants nombreux venus en majorité du Maghreb, d’Afrique noire et du pourtour méditerranéen. Ce flux migratoire, initerrompu depuis lors, a entraîné un brassage des populations, une redistribution des cartes culturelles, l’apparition au côté de la civilisation judéo-chrétienne et gréco-latine, d’une autre civilisation, essentiellement musulmane, qui revendique par l’intermédiaire de ses porte-paroles une place que la majorité de la société rechigne à lui accorder, pour de très nombreuses raisons.

Ce flux incessant a modifié la démographie du pays, et cette modification a entraîné un changement fondamental de la vie démocratique au sein de celui-ci, avec des effets secondaires sur tous les aspects de la vie quotidienne en France. La population qui occupe aujourd’hui le territoire français n’est plus entièrement française et certains étrangers ne désirent pas devenir français.

La présence sur le même sol de deux civilisations en de nombreux points incompatibles aboutit à des conflits portant sur la conception même de la vie en société, sur la place de la religion, la cohabitation des sexes, les fêtes, la nourritre, la langue, l’histoire, le travail, etc. Et la majorité traditionnelle de la population est confrontée à des demandes nouvelles de la part des nouveaux arrivés, qui ne veulent plus s’intégrer ni s’assimiler mais s’affirmer comme distincts, particuliers, et pour certains, comme des « conquérants ».

Illusion ou réalité, c’est ce sentiment de « conquête lente », d' »invasion insidieuse », couplée avec la perte progressive d’une part toujours croissante du pouvoir politique « chez soi », qui cristallise le mécontentement, l’incompréhension et la résistance.

Quand les immigrés étaient peu nombreux, peu visibles, silencieux et sans revendications importantes, leur présence importait peu. Elle était tolérée. Aujourd’hui que le pourcentage avoisine 10, 15 ou 30% d’étrangers dans certaines zones urbaines ; que leurs représentants exigent de l’Etat des accomodements et des changements dans les us et coutumes de la société ; que les fanatiques donnent à voir les seuls aspects négatifs de l’islam, le malaise apparaît, s’exprime, se matérialise et ses expressions sont protéiformes.

Le peuple français de 2010 n’est plus celui de 1975. L’évolution de la compostion ethnique du pays a eu des effets géopolitiques et stratégiques, dans et hors du pays. Les exemples sont nombreux pour illustrer cette transformation. Depuis l’irruption de la question du voile à l’école en 1989, la création d’institutions quasi publiques comme le conseil National du Culte Musulman en (CNCM) 2004, l’apparition d’associations comme le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), l’expansion de partis ou de mouvements politiques comme le Parti Musulman de France (PMF) ou l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), ont été autant d’étapes symboliques du développement de ces groupes et ensembles de populations, favorisé par des soutiens croissant eux-mêmes en nombre partout sur le territoire, DOM-TOM compris.

La communautarisation de la société (voulue par d’autres groupes de pression à revendications sexuelles, politiques, culturelles, souvent alliés objectifs…) a atomisé la représentation du corps social, qui a perdu sa vocation fédératrice pour devenir un ectoplasme gangréné par les lobbies, les égoïsmes et les intérêts à la petite semaine.

La majorité de la population, bien trop silencieuse ou trop sage encore, encaisse les coups et réagit à peine politiquement, culturellement ou socialement. La situation économique mauvaise l’oblige bien souvent à s’employer pour sauvegarder un emploi et une situation familiale mis à mal par trente années de gauchisme rampant et la foule complexée regarde l’Etat et ses institutions agréer sans cesse les desiderata exprimées par les porte-paroles des minorités mobilisées et agissantes. Leurs alliés sont nombreux : intelligentsia parisienne à bout de souffle et rancunière, vieux chefs révolutionnaires privés d’idéaux et remâchant leur vieille haine du pays, écolos rouges-verts et internationalistes béats, cyniques marchands et opportunistes de tout poil,etc. La pression médiatique s’exerce au jour le jour pour convaincre le peuple de l’inéluctabilité du phénomène communautaire, de la nécessité de la solidarité avec les migrants « sans-papiers » (donc théoriquement clandestins et illégaux, mais la loi doit céder devant le pathos !), des beautés du mélange et de la « mixité sociale ». Discours et propagande que tout cela !

Au bout de trente à quarante ans d’immigration initerrompue, la présence de ces 10 à 15% d’allogènes a créé de nouvelles problématiques politiques et sociales. La composition du peuple ayant changé dans sa chair, son expression politique a changé aussi. La gauche l’a bien compris qui, dès l’élection de François MITTERRAND, mit en place un ensemble complet d’associations, de mouvements et de lobbies de soutien et de promotion de cette part nouvelle de la population et de la société de France. SOS Racisme est le symbole de cette récupération et de la manipulation qui s’ensuivit, basée sur la compassion et l’instrumentalisation des immigrés puis de leurs enfants nés Français. Ce levier permit à la gauche de s’attacher un électorat favorable durant les années 80 et 90 (d’autant plus que l’émergence du Front National durant ces mêmes anihilait et rendait inaudible la droite classique, sans cesse renvoyée à ses éventuelles accointances avec le FN…).

Jusqu’à la victoire de Nicolas SARKOZY, les partis de gauche, PS en tête, ont su jouer des problèmes d’intégration et de racisme pour contenir la droite et conserver une primauté morale sur les sujets politiques nouveaux que constituent ces thèmes ainsi que ceux de l’islam en France, le conflit au Proch-Orient, les relations diplomatiques de la France avec les pays d’origine des nouvelles populations, l’ensemble des problèmes sociaux et économiques les concernant. Aucun candidat à aucune élection ne peut plus aujourd’hui ignorer ces populations, ni oublier de proposer une batterie de « solutions » à leurs besoins.

Les évolutions médiatiques et sociales ont fait basculer notre démocratie d’un fonctionnement principalement institutionnel (Etat, partis, syndicats) à un fonctionnement principalement médiatique et revendicatif, que la minorité étrangère ou d’origine étrangère sait très bien actionné grâce à ses représentants ou activistes : le traitement par la télévision d’un sujet compassionnel (sans-papiers, travailleurs illégaux, etc.) emporte l’obligation pour les politiques de donner, dans les plus brefs délais (moins d’un jour !) une réponse ou une pseudo solution, les institutions légales et les textes n’ayant plus qu’à se plier à ces nouveaux impératifs, dérogations ou aberrations.

La raison le cède à l’émotion et l’Etat est sommé de tout régler, tout de suite, avec le plus de générosité possible, sans même tenir compte du droit préexistant, que la pression médiatique réduit à rien. Peu importe les coûts, les faits, l’exagération ou la récupération politique orchestrée par les groupes spécialisés dans la mise en scène politique des souffrances.

Cette mutation de la vie politique française n’a pas été produite uniquement par l’afflux de migrants bien sûr, mais leurs porte-paroles et défenseurs, par ailleurs vrais professionnels des médias et de la manipulation, ont parfaitement su utiliser une évolution démographique et sociale que certains d’entre eux encouragent à dessein.

Dans un contexte où les populations d’origine européenne ont été convaincues de leur culpabilité vis-à-vis des populations des anciens empires, il est d’autant plus facile de suscite la compassion, le repentir (cette « repentance » ridicule et permanente) et une générosité financière abusée et excessive. Un travail e relecture systématique de l’histoire du pays (pour ne pas dire « nationale ») dans un sens toujours culpabilisant a facilité la diffusion de la thèse commode de la dette imprescriptible que nous, Français colonisateurs et exploiteurs, aurions contracté envers eux, étrangers colonisés et exploités. Ce qui justifie toutes les demandes, tous les blâmes, toutes les insultes et les humiliations, toutes les flagellations officielles. Et souvent tous les paiements !

A l’intérieur comme à l’extérieur, la France est aujourd’hui brocardée, en tant que collectivité, peuple, nation et civilisation. Le dévoiement des idéaux portés par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 (DDHC) a effacé les devoirs des citoyens au profit des seuls droits -devenus exorbitants de la loi- détenus comme des privilèges par les héritiers des nouvelles populations installées sur ce territoire que l’on hésite à encore appeler « national ». Le devoir légitime d’accueil a été sciemment remplacé par celui d’indemnisation de « préjudices » allégués et trop souvent sans fondement, mais vrais outils politiques de déstabilisation et de manipulation.

Un vaste espace politique est aujourd’hui occupé par les représentants des partis et mouvements spécialisés dans le jeu de la mise en accusation et de la « repentance » officielle. Et malheureusement leur audience n’a cessé de croître grâce à d’efficaces et nombreux relais médiatiques. Que rest-t-il dans ces conditions, de la souveraineté du peuple, de la démocratie en France, quand la majorité ne cesse d’être critiquée, son passé injurié, ses décisions et votes contestés, ses façons d’être et de penser remises en cause, par et au profit de minorités structurées, agissantes et revendicatrices ? Ne sommes-nous pas plutôt installés dans une dictature de castes, de groupes, d’ethnies, reposant sur le présupposé de la faute inexpiable et de sa dette inestimable et donc perpétuelle ?

C’est là, semble-t-il, tout le danger qui nous guette, quand le coeur et la substance de l’identité française ne cessent d’être éreintés, absorbés ou épuisés par des forces centrifuges qu’il importe de contenir, voire de résorber.

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