L’Uni, quarante ans de résistance

L'Uni, quarante ans de résistance

L’Union nationale interuniversitaire a vu le jour en 1968, en réaction aux "événements". Sentinelle avancée de la droite sur les campus, ce mouvement d’étudiants et d’enseignants continue de mener tous les combats d’idées contre la gauche.

On a le sentiment que quelque chose se passe… Les disciples de Besancenot s’agitent beaucoup depuis un mois. Délégué général de l’Uni, Olivier Vial est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs de l’extrême gauche en France : il l’affronte depuis plusieurs années sur son terrain de prédilection, les campus universitaires. Et les représentants de l’Uni, présents dans toutes les facs, le constatent en ce moment : « Ça bouge. Le NPA n’existe pas encore que l’ultragauche multiplie les collages depuis la mi-octobre [le NPA, c’est le “Nouveau Parti anticapitaliste” qu’Olivier Besancenot a prévu de lancer le 30 janvier].

Du coup, les militants de Lutte ouvrière [le parti d’Arlette Laguiller], qui ne veulent pas être en reste,commencent à tenir des tables dans les facs. Et l’Unef [proche du PS] organise déjà des AG très politiques contre Sarkozy… » Elle participera aussi, le 20 novembre, aux manifestations organisées par les syndicats de l’Éducation nationale contre la politique éducative du gouvernement.

Cette mobilisation à gauche annonce-t-elle de nouvelles actions “musclées” ? « L’an dernier, deux des nôtres ont été agressés à leur domicile au moment des manifs contre la loi sur l’autonomie des universités, raconte Olivier Vial.Une militante d’Amiens a eu ses pneus crevés avant d’être elle aussi prise à partie dans un supermarché. Il y a toujours eu des heurts sur les campus, mais là, ça va plus loin. L’ultragauche cultive le goût de la radicalité, dans un contexte de relations malsaines entre Besancenot et Rouillan [l’ancien terroriste d’Action directe] ». Quand Valérie Pecresse s’est rendue à Nanterre le mois dernier, des militants d’extrême gauche ont pris en photo ceux de l’Uni. « Technique d’intimidation classique. C’est une façon de dire : “Vous voyez, on vous connaît…” Ils critiquent Edvige, mais ils constituent leurs propres fichiers ! » s’amuse Olivier Vial.

L’Uni réunira ce week-end sa “convergence” : c’est le nom que ses dirigeants donnent à leur congrès. Une réunion un peu particulière puisqu’il s’agit d’un anniversaire. Cela fait quarante ans que l’Uni tient le rôle de sentinelle avancée de la droite contre la gauche et l’extrême gauche dans les universités. Quarante ans que ses militants sont en première ligne dans les confrontation parfois physiques, toujours intellectuelles, qui décideront du sort de la droite et, partant, du pays. Quarante ans de combats que résume le livre publié à cette occasion par son président, Jacques Rougeot, professeur émérite de langue française à la Sorbonne. « L’Uni [l’Union nationale interuniversitaire] est un enfant de Mai 68. Enfant paradoxal, assurément, né d’une réaction vigoureuse contre les fameux “événements”, mais il est certain que, sans Mai 68, l’Uni n’existerait pas, en tout cas pas sous cette forme », raconte-t-il dans ce livre.

Officiellement, les statuts de l’Uni n’ont été déposés que le 12 février 1969, mais c’est bien en 1968 que la décision de la créer a été prise, en accord avec Jacques Foccart : le conseiller du général de Gaulle avait reçu cette année-là ses premiers militants (professeurs d’université, chercheurs, étudiants), qui avaient activement préparé la grande manifestation gaulliste du 30 mai. Le premier terrain d’action de l’Uni adonc été le milieu universitaire « puisque c’est lui qui avait été le centre névralgique de la crise » : les “gauchistes” (c’est le nom qu’on donnait alors aux anars, aux maos et aux trotskistes) voulaient faire des facultés des “bases rouges” d’où partirait la révolution dont ils rêvaient.

Mais, dès l’origine, l’action de l’Uni a largement débordé le cadre des facultés, puisqu’il fallait contrer l’adversaire sur tous les terrains : la stratégie de l’extrême gauche, alors très violente, « consistait à cibler des couples antagonistes et à exacerber les divisions (les jeunes contre les adultes, les enfants contre les parents, les étudiants contre les professeurs, l’université contre l’entreprise, etc.) de façon à faire éclater la cohésion de la société », explique Jacques Rougeot. C’était la lutte des classes appliquée à la famille, à l’école, au travail.

Au contraire, l’Uni a toujours fait le choix d’admettre en son sein des enseignants, des étudiants et des acteurs de la vie professionnelle partageant ses convictions et ses valeurs : la primauté de la personne (« Dans une société libre et vivante, tout repose sur l’identité irréductible de la personne humaine »), la liberté et la responsabilité, la cohésion sociale et nationale : « L’homme s’intègre nécessairement à des ensembles organiques, essentiellement la famille, cellule naturelle qui détient, entre autres, la responsabilité de l’éducation des enfants, et la nation, qui est en France une réalité historique capitale », écrit Jacques Rougeot.

La diversité des campagnes menées par l’Uni depuis quarante ans témoigne de cette conception globale d’un combat éminemment culturel.Campagnes électorales, puisque l’Uni présente des candidats aux élections universitaires ;campagnes d’affichage aussi, qui concernent des thèmes de société forcément politiques. Les quarante affiches rassemblées dans le livre de Jacques Rougeot résument cet activisme militant.

Les élections fournissent évidemment aux graphistes de l’Uni l’occasion d’exercer leur talent de caricaturistes. En seront successivement victimes Georges Marchais, François Mitterrand, Robert Hue, Lionel Jospin ou Ségolène Royal… Les nombreuses affiches contre le communisme rappellent le rejet par l’Uni du collectivisme. Combat en France “contre le marxisme dans nos écoles, dans nos lycées, dans nos universités”, proclament les affiches des années 1970. Combat international contre l’intervention soviétique en Pologne, contre l’installation des missiles SS-20 par Moscou dans les pays de l’Est, contre le “fascisme rouge au Nicaragua”dans les années 1980.

D’autres campagnes ont porté sur la famille (contre le mariage homosexuel, en 1998) ou contre la libéralisation de la drogue. La dernière affiche (“Français et fier de l’être” sur fond de drapeau tricolore) n’est pas la moins percutante. « Nous l’avons conçue après les sifflets contre la Marseillaise au Stade de France, explique Olivier Vial. Pas question de mettre notre drapeau dans la poche : le patriotisme est l’un des ingrédients constitutifs de l’Uni. Il est important que nos militants entretiennent cette culture politique. Beaucoup viennent spontanément pour protester contre les blocages des facs, par exemple, ou parce qu’ils n’ont pas envie que d’autres leur disent ce qu’il faut penser. L’Uni, c’est une affaire de tempérament ! Mais la formation fait aussi partie de nos missions. C’est la condition d’une action politique efficace. »

Uni, 40 ans de combats, 40 affiches, de Jacques Rougeot, Union nationale interuniversitaire, 106 pages, 10 €.

Fabrice Madouas, le 20-11-2008

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Publié par Sebastien

DN UNI • #teamUNI • Dév. Numérique & CM • Fondateur ANM • Pour une droite qui s’assume et qui agit •

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