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Tribune de Fiona Idda et Clément Armato pour Le Figaro : Parcoursup : « Quand l’avenir de vos enfants se joue à la roulette russe »

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Tribune de Fiona Idda et Clément Armato pour Le Figaro : Parcoursup : « Quand l'avenir de vos enfants se joue à la roulette russe »

Parcoursup avait été mis en place pour lutter contre la sélection par tirage au sort à l’université. Or, les témoignages de nombreux lycéens laissent craindre que la sélection passe encore par une forme de tirage au sort, plus technologique, mais tout aussi injuste, expliquent les délégués nationaux de l’UNI, Clément Armato et Fiona Idda.

Clément Armato, Délégué national de l’UNI, porte-parole étudiant et Fiona Idda, déléguée nationale de l’UNI, coordinatrice de l’UNI-Lycée.

Mardi dernier, 658 000 lycéens attendaient fébrilement le verdict de Parcoursup. Après avoir suivi consciencieusement toutes les étapes imposées par la plateforme (formulation des vœux d’orientation, saisie du dossier scolaire, rédaction de lettres de motivation), ils avaient espéré mieux que jouer leur avenir à la loterie algorithmique.

Un manque de transparence source de désillusion et de frustrations.

Aussitôt, les premiers résultats connus, les plaintes se sont multipliées rappelant les nombreux ratés qu’avait déjà connus ce dispositif l’année dernière. Les améliorations promises par le ministère ne sont manifestement pas au rendez-vous. Comment un lycéen peut-il accepter sans la moindre explication d’être refusé dans l’université de son Académie, se retrouvant 600ème sur la liste d’attente, mais accepté à 700 km dans une université de niveau similaire ? Pour tenter d’accepter ce qui apparaît comme arbitraire, il faudrait au moins avoir des éléments pour comprendre les critères de sélection. Mais rien n’est plus opaque que la façon dont l’interface prend ses décisions et influe sur l’orientation des lycéens. Ce manque de transparence est source de désillusion et de frustration.

Désillusion, d’abord, pour ces nombreux lycéens, qui malgré un très bon dossier se retrouvent en attente ou refusés dans toutes les facultés où ils avaient candidaté. Nombre d’entre eux avaient pourtant soigné leur dossier, effectué des stages, travaillé dur pour obtenir de bonnes notes et le résultat de Parcoursup tombe comme un oukase sur lequel se brise leurs projets de poursuite d’études.

Ce n’est absolument pas la question de la sélection qui doit être remise en cause ! Celle-ci est nécessaire pour retrouver un enseignement supérieur de qualité. Elle est d’ailleurs plébiscitée par les élèves puisque près de 60% des vœux des candidats sont formulés dans des filières sélectives !

C’est un problème avant tout de transparence et de méthode. Parcoursup avait été mis en place pour lutter contre le scandale - dénoncé de longue date par l’UNI - du tirage au sort qui permettait aux universités de laisser au hasard le soin de sélectionner leurs futurs étudiants. Or, les témoignages de nombreux lycéens laissent craindre que pour certaines universités la sélection passe encore par une forme de tirage au sort, sans doute plus technologique, mais tout aussi injuste. Le principe de la roulette russe, même dans sa version 2.0, reste une honte pour notre système d’enseignement supérieur, car il nie toute forme de méritocratie.

Deux lycéens avec un dossier similaires peuvent se retrouver avec 6 000 places d’écart sur la liste d’appel.

Frustration, ensuite. Comment ne pas comprendre l’amertume de ces lycéens venant du même lycée avec un parcours et des dossiers similaires qui pourtant se retrouvent avec plus de 6000 places d’écart sur la liste d’appel de certaines formations. Frustration qui vire à l’injustice criante quand d’excellents lycéens se rendent compte que d’autres, avec de moins bons dossiers, leur passent devant. C’est le cas, par exemple, de cette lycéenne d’un établissement privé de Nancy, qui nous a contactés, car, malgré une moyenne générale supérieure à 13, elle se retrouve sur liste d’attente pour une licence de droit à Nancy, 10 000ème sur la liste d’attente à la Sorbonne, mais prise à l’autre bout de la France à la faculté de droit d’Aix-en-Provence, alors qu’une camarade de sa classe avec un peu plus de 10 de moyenne a été immédiatement acceptée en licence de droit à Nancy et même à Aix et Assas.

Cet exemple, qui n’est malheureusement pas isolé, révèle une faille dans le dispositif. Face à l’afflux des dossiers, les universités sont dans l’incapacité de les traiter correctement et individuellement. Elles ont donc mis en place des algorithmes plus ou moins frustes pour classer et évaluer les candidats. Cela, en plus de pénaliser des lycéens méritants conduit à standardiser le profil des candidats. Cette uniformisation n’est qu’une étape supplémentaire sur la voie de l’appauvrissement de l’enseignement supérieur. Et l’excellence dans tout cela ? Cela fait longtemps qu’au ministère on a rangé ce « concept » au rayon des bizarreries réactionnaires.

En ne jouant pas le jeu de la transparence sur les critères réels de sélection retenus et en laissant ainsi année après année des situations toujours plus ubuesques voir le jour au moment des résultats d’admissions dans l’enseignement supérieur, le ministère nourrit une forte défiance.

La motivation des élèves n’est pas prise en compte dans l’évaluation des dossiers.

Les conclusions de la Cour des comptes dans son rapport de février 2020, évaluant les premières années de mise en place de la loi Orientation et Réussite des Étudiants, ne font que confirmer les doutes et les craintes des lycéens et de leur famille. La Cour a souligné le manque de transparence, l’uniformisation des dossiers, l’automatisation croissante du système. Elle note également que la motivation des élèves n’est pas prise en compte dans l’évaluation des dossiers, et conclut que les performances de Parcoursup ne sont pas meilleures que celles de l’antique système APB rendant le processus d’orientation toujours aussi déficient, etc.

Le gouvernement avait affiché sa volonté de remettre de l’humain dans le système de l’orientation et de l’inscription à l’université. La réalité est tout autre, après trois années de fonctionnement, les dossiers sont uniformisés, le processus est plus lourd et la bureaucratisation renforcée.

Ce système complexe et opaque avait été, avant tout, inventé par le gouvernement pour tenter de proposer une « forme de sélection » sans la nommer. Il espérait ainsi ruser et éviter une fronde étudiante. Au final, il a remplacé le principe d’une juste et transparente sélection par un algorithme arbitraire.

Comme aurait pu le dire Charles Péguy, on ne saura jamais assez tout ce que la peur du mot « sélection » aura fait commettre de lâchetés à nos gouvernants.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe...

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Publié par Clément Armato

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