Tribune dans Le Figaro : Grève des étudiants : «Quand Louis Boyard confond la politique avec la télé-réalité»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après la venue du député insoumis Louis Boyard à l’université Rennes-2, des étudiants ont bloqué l’accès à l’établissement. Pour Luca Barbagli, Fiona Idda et Rémy Perrad, délégués nationaux de l’UNI, l’élu sort de son rôle et nuit à la liberté d’étudier.

Par Rémy Perrad

Le 15 février 2023 à 14h11

UNI

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«Étudiants, bloquez toutes les universités du pays !» a lancé, le 7 février, depuis l’Assemblée nationale le député LFI, Louis Boyard. Pour lui, c’est l’apothéose, le point d’orgue d’une tournée des universités où depuis des mois, il vocifère, harangue, hurle, espérant ainsi enflammer une partie de la jeunesse pour l’enrôler derrière son «lider maximo», Jean-Luc Mélenchon. Depuis septembre, il délaisse sa circonscription et l’Assemblée pour hanter les couloirs et les amphis des universités. À Strasbourg, dès le mois d’octobre, il déclarait : «pour la réforme des retraites, je vous le demande, vous bloquez la fac et vous vous prenez en photo avec un député Nupes en écharpe tricolore !» À Rennes-2, il y a quelques jours, le 6 février, devant une AG dans laquelle les opposants aux blocages n’avaient pas le droit d’entrer, il a renouvelé cet appel. Le lendemain, des barricades en feu empêchaient quiconque d’approcher de l’établissement, au mépris de la sécurité des étudiants et des riverains. Voilà, la majorité des étudiants est privée de cours, Louis Boyard peut rentrer à Paris, il est content !

Il s’imagine sans doute mettre ses pas dans ceux de Jean-Paul Sartre devant les ouvriers de Renault, ou de Daniel Cohn-Bendit place de la Sorbonne. Mais qu’est-ce qu’on en est loin ! Des plateaux d’Hanouna à l’Assemblée, en passant par les amphis des universités, ce n’est qu’un agitateur qui aime se mettre en scène et confond la politique avec la télé-réalité. Les partis politiques de gauche ont toujours essayé d’instrumentaliser la jeunesse. Ils avaient même conceptualisé la théorie du «tube de dentifrice» : les étudiants et les lycéens, prétendaient-ils, c’est comme le dentifrice ; quand ils sortent du tube, on ne peut plus les y faire rentrer. À chaque réforme, quand la gauche et les syndicats étaient à la peine, il y avait toujours un «baron noir» pour tenter de manipuler les organisations lycéennes et étudiantes afin de les pousser dans la rue. On se souvient des liens très étroits entre Julien Dray et les lycéens de la FIDL, ou de ceux de Benoît Hamon avec l’Unef. Les ficelles étaient déjà grosses, mais quand on les compare aux méthodes employées par Louis Boyard, elles paraissent tellement subtiles.

Pour arriver à ses fins et «bordéliser» le pays, le député insoumis n’hésite pas à sacrifier notre liberté d’étudier, mais aussi celle de travailler des personnels. En appelant ainsi au blocage, il se rend, en effet, complice par provocation d’un délit pénal défini par l’article 431-1 alinéa 3 du Code pénal comme le fait d’entraver d’une manière concertée l’exercice de la fonction d’enseignant. Ce délit est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Il est vrai qu’être dans l’illégalité n’a jamais fait peur à celui qui, selon ses propres aveux, dealait dans sa jeunesse.

Les blocages ont toujours été une catastrophe. Cela perturbe nos cours, nuit à notre formation, oblige à des reports d’examens ce qui, de facto, empêche certains d’entre nous de réaliser les stages pour lesquels ils étaient retenus… L’image de nos universités en pâtit. On se rappelle la fronde des étudiants étrangers, notamment anglo-saxons, qui s’étaient sentis pris en otage pendant la mobilisation contre le CPE. Ils avaient eu l’impression, à juste titre, de perdre une année. Mais cette année, cela serait encore plus grave ! Après la crise sanitaire et le confinement, bloquer les facultés, c’est ruiner nos études, notre formation et nos diplômes. C’est aussi oublier qu’une partie des étudiants ont été psychologiquement fragilisés par l’isolement et ne souhaitent plus revivre des cours 100 % en distanciel.

Quant au coût des blocages et des dégradations qui s’ensuivent, il s’élève, à chaque fois, à plusieurs millions d’euros. La remise en état des bâtiments se fait nécessairement au détriment d’investissements qui seraient plus utiles pour les étudiants. Enfin, si les blocages nuisent à l’image des universités, il faut bien avouer que Louis Boyard, lui, nuit carrément à l’image de la jeunesse et des étudiants.

Il a beau s’en être autoproclamé le porte-parole, l’immense majorité des étudiants, et c’est heureux, ne lui ressemble en rien. Nous ne demandons qu’à pouvoir étudier librement, sans entrave, car nous aspirons à la réussite, dans nos examens aujourd’hui et dans notre vie professionnelle demain. Nous ne sommes pas les victimes d’un système qui chercherait à nous «affamer» et à nous «noyer» pour reprendre ses termes, nous sommes convaincus au contraire que nous pouvons construire notre avenir par notre travail et notre assiduité aux cours… encore faut-il qu’ils soient dispensés. La liberté d’étudier doit être garantie !

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