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Par UNI Archives

Le 23 septembre 2006 à 10h04

UNI

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Paris, dimanche, 22h00, quelques suédois expatriés regardent simultanément LCI et les émissions spéciales des chaînes suédoises, sur les élections législatives visibles, sur internet. Enfin, les résultats tombent. La coalition de centre droit ravit le pouvoir aux socio-démocrates. Le QG de campagne de Fredrick Reinfeldt, leader de la droite et futur premier ministre, vibre des cris de joie de ses supporters. Après 74 ans, c’est le retour des conservateurs au pouvoir. Ce jeune quadra de la politique suédoise, quasi inconnu il y a encore trois ans, a réussi un exploit. Pour la première fois les quatre partis de l’opposition se sont retrouvés unis au sein d’une alliance de centre droit, pour la première fois, depuis 1923 le parti de Fredrick Reinfeldt obtient un score de 26% des suffrages enregistrant sa meilleure progression avec 10% de mieux qu’aux dernières élections. Dans le même temps les sociaux-démocrates enregistrent un recul de 4,5% avec 35,3% des voix. Les suédois de Paris, participant à cette soirée électorale ouvrent le champagne ou trinquent à la vodka pour fêter l’événement, car, dit l’un d’entre eux : « le million de votes par correspondance dont les leurs ne seront dépouillés que mercredi et traditionnellement ceux-ci sont favorables à la droite ». L’une des suédoises présente, est au téléphone avec ces parents à Stockholm, elle est hilare, « la droite écrase la gauche dans la capitale suédoise ». Tous voient ce changement comme une chance pour la Suède avec un nouveau premier ministre, Fredrick Reinfeldt, qui incarne à leurs yeux ce qui fait la richesse et le dynamisme de la Suède.

Premier ministre depuis 1996, Göran Persson, 57 ans et leader de la gauche (sociaux-démocrates, verts et ex-communistes) s’expriment à la télévision. Tous se penchent sur l’écran d’ordinateur, pour entendre celui-ci reconnaître la défaite de son camp et annoncer dans la foulée sa démission de la tête du parti social-démocrate et son retrait de la vie politique ! Du Jospin presque dans le texte !

Pourtant la situation économique suédoise et la politique de total assistanat auraient du être favorables à la gauche au pouvoir. Mais voilà, la pression fiscale insupportable, les carences en logement dus à la quasi impossibilité pour un propriétaire de louer, un taux de chômage officiellement de 5,7% (en août 2006) alors que la réalité est de l’ordre de 20% excluant ainsi 1 million de personnes du marché du travail, ont eu raison de 74 ans de socialisme dans un pays qui compte 9 millions d’habitants.

Le Watergate suédois n’a pas eu raison du désir de changement

Entre janvier et mars 2006, un membre du parti libéral a pu s’introduire dans le réseau du parti social-démocrate. La presse, ayant eu vent de l’affaire, l’a révélé une semaine avant les élections. Le chef du parti libéral n’a pas eu à démissionner mais son principal collaborateur au courant a dû se sacrifier. Ce qui aurait pu coûter la victoire de l’alliance de centre droit n’a pas suffit à endiguer l’érosion de la gauche.

Elu à 26 ans député, Fredrick Reinfeldt a été porté à la tête de son parti au lendemain de la défaite cuisante de son camp en 2002. Cet ultra libéral met fin à la stratégie de la rupture prônée par les conservateurs, il fait sien le concept des conservateurs compatissants (qui fut la stratégie de Georges W Bush lors des élections présidentielles américaines de 2000). Ce concept accompagné d’une stratégie où la droite est apparu comme le meilleur défenseur du modèle suédois mis en danger par la gauche qui a laissé les comportements abusifs se généraliser, ont entraîné cette défaite historique.

Une vraie politique libéral
La coalition de centre droit emmené par Fredrick Reinfeld a d’ores et déjà assuré que les impôts sur les bas salaires baisseront tout comme les « trop » généreuses indemnités de chômage. Les privatisations vont être au cœur de l’actualité dans les prochains mois avec SAS, des banques, les jeux. Systembolaget (société d’Etat de vente d’alcool), dirigée par la femme du premier ministre battu, devrait disparaître avec la fin du monopole sur la vente d’alcool. La ville de Täby, dirigée par Filippa Reinfeldt (femme du vainqueur) aurait-elle été un laboratoire des réformes à venir ? Les crèches, l’hôpital, et de nombreux services publics de cette banlieue de Stockholm ont été privatisés. Pour preuve de ce virage libéral, la suppression de l’impôt foncier a été annoncée par la droite.
L’immigration sera, elle aussi au cœur des décisions de ce nouveau gouvernement, avec un meilleur contrôle et la réapparition peut-être d’une proposition de la droite qui voulait que l’obtention de la nationalité suédoise soit entre autre conditionnée par le fait de parler le suédois. Révolution pour la Suède qui affiche sa neutralité depuis des décennies…une adhésion à l’OTAN est envisagée.

01h00 du matin, à Paris les expatriés suédois se séparent et se disent que décidemment cette semaine commence bien…il est lundi.

* en français « Sortez ! »

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